
Le gouvernement congolais a opposé, jeudi, un refus catégorique à l’initiative de l’ancien président sud-africain Thabo Mbeki, qui avait invité certaines personnalités congolaises à prendre part à une rencontre organisée par sa fondation. Cette réaction a été confirmée par Patrick Muyaya, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, lors d’une déclaration officielle.
« Quelles que soient les intentions de l’ancien président de l’Afrique du Sud, Thabo Mbeki, le président de l’Assemblée nationale et le conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité ne répondront pas à l’invitation de la Fondation Thabo Mbeki », a-t-il tranché, rejetant ainsi toute possibilité de participation congolaise à cette initiative.
Selon Patrick Muyaya, la République Démocratique du Congo ne saurait cautionner une démarche portée par une personnalité considérée à Kinshasa comme « défenseur de ceux qui agressent et endeuillent les Congolais ». Cette référence vise clairement la position de Thabo Mbeki et de certains cercles sud-africains, jugés trop indulgents vis-à-vis du Rwanda, acteur accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion du M23 dans l’Est du pays.
Le gouvernement congolais estime que cette initiative risque de brouiller davantage le processus en cours, alors que la RDC tente de renforcer sa diplomatie régionale et internationale face à l’agression qu’elle dénonce depuis plusieurs années.
Ce refus s’inscrit dans un climat de forte tension politique et sécuritaire. Depuis 2021, la RDC accuse ouvertement Kigali de soutenir la rébellion du M23, responsable de violences et déplacements massifs de populations dans le Nord-Kivu. Malgré les médiations de l’EAC (Communauté des États de l’Afrique de l’Est) et de l’Union africaine, la méfiance de Kinshasa reste intacte.
Thabo Mbeki, qui fut président de l’Afrique du Sud de 1999 à 2008, s’était déjà illustré par des efforts de médiation en Afrique, notamment au Soudan et au Zimbabwe. Mais dans le dossier congolais, son image reste entachée par une supposée proximité avec certains régimes considérés par Kinshasa comme hostiles à sa souveraineté.
Le rejet de cette invitation s’ajoute à une série de décisions qui traduisent la nouvelle posture congolaise : refus de s’impliquer dans des cadres perçus comme défavorables, consolidation des alliances avec des partenaires jugés fiables (États-Unis, Union européenne, Angola) et mise en avant de la « diplomatie de dignité » prônée par le président Félix Tshisekedi.
Pour Kinshasa, la priorité reste claire : obtenir le retrait des forces rebelles et la fin du soutien présumé du Rwanda. Dans ce contexte, toute médiation internationale soupçonnée de minimiser ces réalités est considérée comme « inopportune », pour reprendre les mots de Patrick Muyaya.
Coco Kingson Cabamba



