
Le 2ᵉ Congrès extraordinaire de l’Union Sacrée de la Nation (USN) s’est ouvert ce samedi dans la capitale congolaise sur un ton ferme donné par le Chef de l’État. Félix-Antoine Tshisekedi a déclaré sans ambages qu’aucun dialogue politique ne pourra avoir lieu en République démocratique du Congo sans son initiative. Un message fort adressé aussi bien aux acteurs politiques congolais qu’aux puissances étrangères souvent tentées d’imposer leurs conditions.
Le Président a reconnu que son combat et celui de son parti, l’UDPS, reposent depuis des décennies sur le principe du dialogue. Mais il a posé des limites claires : ce dialogue ne pourra se faire qu’avec des Congolais « non inféodés aux pays voisins ». En d’autres termes, pas question pour Kinshasa de s’asseoir à la table avec des acteurs soupçonnés de défendre des agendas régionaux, en particulier dans un contexte où les tensions persistent avec certains pays voisins impliqués dans l’insécurité à l’Est du pays.
Ce discours vise directement ceux qui, dans la région et au-delà, exercent des pressions pour pousser la RDC à des compromis politiques. Félix Tshisekedi, en refusant tout « dialogue imposé », cherche à couper court à une pratique qui a longtemps fragilisé la souveraineté congolaise : la diplomatie des injonctions extérieures. Le Chef de l’État veut désormais instaurer un dialogue authentiquement congolais, libéré des agendas étrangers.
Cette position marque une rupture avec la tradition congolaise des dialogues politiques, souvent impulsés de l’extérieur. On se souvient du Dialogue intercongolais de Sun City (2002-2003), organisé sous l’égide de la communauté internationale, qui avait permis la mise en place d’un gouvernement de transition après la guerre. Plus récemment, l’Accord de la Saint-Sylvestre (2016), négocié sous la médiation de la CENCO, avait permis de débloquer la crise politique sous Joseph Kabila.
Ces expériences, si elles ont parfois permis d’éviter le chaos, ont aussi montré leurs limites : gouvernements pléthoriques, absence de mise en œuvre des réformes promises, et surtout un sentiment persistant que les Congolais ne sont pas maîtres de leur destin. En rompant avec ce modèle, Félix Tshisekedi veut incarner la souveraineté et affirmer que désormais, aucune solution politique durable ne viendra d’ailleurs mais du Congo lui-même.
Au-delà du message sur le dialogue, le Chef de l’État a exhorté ses partisans à transformer l’Union Sacrée de la Nation en une véritable machine politique. Il veut en faire un outil de rassemblement, capable de porter les ambitions nationales et de garantir la stabilité institutionnelle. « Le peuple congolais doit pouvoir compter sur l’Union Sacrée pour son avenir », a insisté Tshisekedi, lançant un appel à l’unité et à la discipline au sein de sa majorité.
Cette posture s’analyse aussi comme une stratégie de consolidation du pouvoir. En se positionnant comme l’unique arbitre d’un éventuel dialogue, Tshisekedi verrouille le jeu politique et place ses adversaires devant un dilemme : se plier à son leadership ou être perçus comme les relais d’intérêts étrangers. C’est un pari audacieux, mais risqué, car la RDC reste un pays où l’histoire récente a montré que le compromis politique est souvent inévitable.
Coco Kingson Cabamba



