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Tragédie à Ntoyo : gouvernement condamne, l’opposition charge

Le massacre de Ntoyo, dans le territoire de Lubero (Nord-Kivu), continue de provoquer une vague d’indignation et de condamnations à travers la République Démocratique du Congo. Plus d’une centaine de civils, parmi lesquels des femmes et des enfants, ont été atrocement tués dans la nuit de dimanche à lundi par les rebelles ADF/ISCAP, malgré la présence de l’état de siège instauré depuis plus de trois ans dans l’Est du pays.

Dans un communiqué officiel, le gouvernement congolais a fermement condamné ces « attaques terroristes ignobles » et réaffirmé sa détermination à restaurer la paix et la sécurité dans la région. Kinshasa a indiqué que des enquêtes étaient en cours afin d’identifier les auteurs de ces exactions et de renforcer les dispositifs militaires autour de Lubero.

Cependant, cette déclaration n’a pas suffi à calmer la colère de l’opposition et des acteurs de la société civile, qui pointent du doigt l’inefficacité des mesures sécuritaires et l’incapacité de l’État à protéger les populations.

Le président d’Ensemble pour la République, Moïse Katumbi, a réagi avec fermeté, qualifiant ce massacre de « véritable abomination qui brise nos cœurs ». Dans un message publié ce mardi, l’opposant a dénoncé l’inaction des autorités, affirmant que l’état de siège a démontré « son échec total à garantir le droit sacré à la vie ».

« Sous l’état de siège décrété à répétition par Kinshasa, censé sécuriser l’Est de la RDC, les ADF massacrent dans une impunité révoltante. Les autorités, informées en amont par les habitants de la menace imminente, n’ayant pas pris les mesures nécessaires de sécurité, portent la responsabilité pleine et entière de ces vies innocentes sacrifiées », a-t-il déclaré.

Katumbi a également exprimé sa compassion aux familles des victimes et plaidé pour un changement de cap politique :

« Il est grand temps que le pouvoir accepte son échec et s’engage dans un dialogue inclusif, seule voie capable de sortir le pays du chaos. »

De son côté, la coalition Lamuka, par la voix de son porte-parole Prince Epenge, a exigé un deuil national de trois jours en mémoire des victimes. Martin Fayulu et ses alliés estiment que l’ampleur de ce drame impose un signal fort de la part du gouvernement.

« Lamuka s’interroge sur l’efficacité des opérations militaires dans la région. Plus de 100 civils ont été tués dans une attaque ciblée, sans que l’armée n’intervienne pour protéger la population », a dénoncé Prince Epenge, appelant le gouvernement à « mettre tous les moyens en jeu » pour retrouver les personnes enlevées et sécuriser durablement la zone.

Le Front Commun pour le Congo (FCC), plateforme proche de l’ancien président Joseph Kabila, a également réagi par un communiqué sévère :

« Le gouvernement a démontré son incapacité chronique à sécuriser l’Est. Nous appelons à une révision totale de la stratégie sécuritaire et à une concertation nationale impliquant toutes les forces vives du pays », peut-on lire dans la déclaration.

Selon le FCC, seule une approche concertée et non partisane peut mettre fin aux massacres récurrents dans le Nord-Kivu et l’Ituri.

Du côté de la société civile du Nord-Kivu, la colère est palpable. Les structures locales dénoncent l’« abandon » des populations par l’État et exigent la mise en place de couloirs humanitaires pour les déplacés.

« Nous avons alerté à plusieurs reprises sur la menace ADF à Ntoyo, mais personne ne nous a écoutés. Aujourd’hui, plus de 100 morts et des dizaines de disparus prouvent que Kinshasa a laissé tomber Lubero », a réagi un notable local, joint par téléphone.

Ce massacre, l’un des plus meurtriers enregistrés ces dernières années dans le territoire de Lubero, remet en lumière les limites des dispositifs militaires dans l’Est du pays, malgré la présence conjointe des FARDC, de la Monusco et des forces régionales.

Analystes et observateurs s’accordent à dire que cette nouvelle tragédie risque d’aggraver la crise de confiance entre la population et les autorités congolaises, tandis que l’opposition multiplie les appels à un changement radical de stratégie sécuritaire.

Par Coco Kingson Cabamba

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