
Alors que la gratuité de l’enseignement primaire constitue l’un des acquis sociaux phares du quinquennat du président Félix Tshisekedi, ce principe se trouve aujourd’hui mis à mal dans plusieurs territoires de l’Est de la République démocratique du Congo, passés sous l’influence du mouvement rebelle AFC/M23.
Selon des sources locales concordantes, les rebelles imposent désormais aux parents d’élèves des frais de scolarité obligatoires dans les zones qu’ils contrôlent. Cette décision, en rupture totale avec la politique nationale de gratuité, suscite indignation et inquiétude parmi les populations.
Lancée en 2019, la gratuité de l’enseignement primaire en RDC a permis à des millions d’enfants de retrouver le chemin de l’école. Elle représente un engagement de l’État congolais en faveur de l’égalité des chances et de la lutte contre l’analphabétisme.
Mais dans les zones de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo, sous contrôle de l’AFC/M23, cette mesure peine à s’appliquer. Les enseignants rapportent que les rebelles conditionnent leur présence et leur sécurité au paiement obligatoire des frais, alors même que ces charges avaient été levées par Kinshasa.
« On nous oblige à payer des montants que nous n’avons pas. Sinon, nos enfants sont chassés des classes », témoigne un parent joint par téléphone à Bunagana.
Cette situation place les familles déjà éprouvées par l’insécurité et les déplacements forcés dans une impasse. Beaucoup risquent de retirer leurs enfants de l’école, faute de moyens, renforçant ainsi le cycle de vulnérabilité.
Si les autorités provinciales n’ont pas encore officiellement réagi, plusieurs acteurs de la société civile dénoncent une violation flagrante des droits de l’enfant et interpellent le gouvernement central.
« L’éducation est un droit fondamental garanti par la Constitution et les conventions internationales. Permettre que des groupes armés marchandisent ce droit est une grave atteinte à l’avenir de notre jeunesse », a déclaré un membre d’une ONG basée à Goma.
Au-delà du volet éducatif, cette mesure illustre la mainmise croissante des rebelles sur les services sociaux de base dans les zones qu’ils administrent de facto. En s’appropriant des prérogatives régaliennes, l’AFC/M23 s’installe comme un pouvoir parallèle, accentuant le défi sécuritaire auquel l’État congolais est confronté.
La gratuité de l’enseignement, conquête sociale saluée tant sur le plan national qu’international, se heurte à la dure réalité de l’instabilité à l’Est de la RDC. Pour de nombreux observateurs, seule une solution politique et militaire durable pourra garantir le respect de ce droit et protéger les enfants congolais d’un avenir compromis.
La rédaction

