
Le procès de l’ancien ministre congolais Roger Lumbala s’annonce sous haute tension diplomatique entre Paris et Kinshasa. À travers un communiqué officiel signé par Me Philippe Zeller, avocat à la Cour de Paris, la défense du député et ancien sénateur congolais dénonce fermement une “détournement de la compétence universelle” par la justice française, accusée de s’ingérer dans les affaires judiciaires internes de la République démocratique du Congo (RDC).
Roger Lumbala doit comparaître à partir du 12 novembre 2025 devant la cour d’assises de Paris pour complicité de crimes contre l’humanité, des faits remontant à la deuxième guerre du Congo (1998-2003) — l’un des conflits les plus meurtriers du continent africain. Selon la défense, la procédure judiciaire ouverte en France en 2021 reposerait sur une interprétation abusive du principe de compétence universelle, prévu à l’article 689-11 du Code de procédure pénale.
Une atteinte à la souveraineté congolaise
Le communiqué rappelle que la compétence universelle est un mécanisme strictement subsidiaire, ne pouvant être exercé que lorsque le pays concerné ne poursuit pas les faits reprochés. Or, souligne Me Zeller, la République démocratique du Congo avait officiellement demandé dès 2013 l’extradition de Roger Lumbala afin de le juger sur son territoire.
Cette demande, renouvelée à plusieurs reprises — notamment par voie diplomatique entre mars et septembre 2025 —, serait restée sans réponse de la part des autorités françaises.
Pour la défense, ce silence “porte gravement atteinte au principe de subsidiarité” et traduit “un mépris de la souveraineté judiciaire de la RDC”. En évitant d’accéder à la requête congolaise, la France serait en train de “s’octroyer un permis d’ingérence judiciaire”, détournant la finalité même du mécanisme universel censé garantir la justice, et non imposer une tutelle judiciaire étrangère.
Des inquiétudes à plusieurs niveaux
Dans son communiqué, Me Philippe Zeller identifie trois plans d’inquiétude :
- Sur le plan juridique, la procédure en cours s’apparente à une violation du droit international, notamment en raison d’un usage abusif et concurrent des compétences pénales. L’avocat dénonce une “mauvaise interprétation de l’article 689-11 du CPP” qui, selon lui, méconnaît le droit à l’autodétermination judiciaire des États.
- Sur le plan politique, cette affaire illustre une “vision déséquilibrée et paternaliste des relations internationales”, selon les termes du communiqué. La défense estime que la France agit comme une puissance tutélaire qui s’arroge le droit de juger un ancien dirigeant africain, au mépris de la souveraineté congolaise et du dialogue judiciaire bilatéral.
- Sur le plan des droits de la défense, Me Zeller déplore une instruction menée à 8 000 km du théâtre des événements, plus de vingt ans après les faits, et sans qu’aucun enquêteur n’ait été dépêché sur place en RDC. Une telle situation, soutient-il, “fragilise les droits fondamentaux de l’accusé et l’équité du procès”.
Un procès à portée diplomatique
Au-delà du cas Lumbala, cette affaire met en lumière les tensions persistantes entre le Nord et le Sud autour de la compétence universelle, souvent perçue par les pays africains comme un outil de domination judiciaire. Plusieurs observateurs estiment que ce procès pourrait raviver le débat sur la légitimité de la justice française à juger des faits commis en Afrique, alors même que les juridictions locales se disent prêtes à agir.
La défense de Roger Lumbala appelle, dans ce contexte, au respect du principe de complémentarité et de la souveraineté des États, rappelant que “la justice internationale ne doit pas être un instrument d’ingérence, mais un levier de coopération équitable”.
Par Coco Kingson Cabamba



