Accueil / Sécurité / Kasaï Central : la marche pour l’officialisation de Tshimbulu tourne à la tragédie

Kasaï Central : la marche pour l’officialisation de Tshimbulu tourne à la tragédie

Une marche pacifique organisée ce vendredi à Tshimbulu, dans le territoire de Dibaya (province du Kasaï Central), a tourné à la violence après l’intervention musclée des forces de l’ordre. Le bilan provisoire fait état de quatre blessés par balles et d’un manifestant interpellé. Les participants réclamaient la reconnaissance officielle de Tshimbulu comme deuxième ville du Kasaï Central, une promesse attribuée au président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo.

À l’origine de cette mobilisation, une correspondance datée du 25 septembre 2025, adressée aux autorités locales par les forces vives de Tshimbulu, sollicitait l’autorisation d’une marche pacifique. L’objectif : remettre un mémorandum au chef de l’État pour rappeler son engagement en faveur de l’élévation de Tshimbulu au rang de ville.
Cependant, cette demande n’a pas reçu un écho favorable. Le maire de Tshimbulu a interdit la manifestation, invoquant un contexte sécuritaire fragile en raison de la persistance des conflits armés dans l’Est du pays, notamment avec la rébellion M23/AFC soutenue par le Rwanda. Il a également évoqué un manque d’effectifs policiers pour encadrer l’événement.

Malgré cette interdiction, les forces vives ont décidé de maintenir leur action, appelant la population à une mobilisation « pacifique et citoyenne ».
Dès les premières heures de la matinée, des centaines d’habitants ont envahi les principales artères de la ville, brandissant des calicots et scandant des slogans exigeant la concrétisation de la promesse présidentielle.
Parmi les messages visibles : « Nous réclamons l’officialisation de notre ville » ou encore « Promesse non tenue, peuple abandonné ».

La situation a dégénéré lorsque les manifestants sont arrivés au centre-ville de Tshimbulu. Selon plusieurs témoins sur place, les forces de l’ordre ont tiré à balles réelles pour disperser la foule.
Le bilan provisoire fait état de quatre blessés, dont certains grièvement atteints, et d’un manifestant arrêté. Les blessés ont été transportés d’urgence à l’hôpital général de référence de Tshimbulu, où ils reçoivent actuellement des soins appropriés.
Un témoin joint par téléphone décrit une scène de panique :

« Nous marchions pacifiquement, sans casser ni insulter. Les policiers ont commencé à tirer. C’était la confusion totale. Les gens fuyaient dans tous les sens », témoigne un habitant.

Les organisateurs de la marche fustigent ce qu’ils qualifient de répression disproportionnée et injustifiée. Dans un communiqué, ils appellent le gouvernement central à ouvrir une enquête indépendante sur les circonstances de cette répression et à poursuivre les auteurs des tirs.
Ils demandent également l’intervention personnelle du chef de l’État, afin de rétablir la confiance entre la population et les autorités locales.

« Nous voulons que le président honore sa parole. Tshimbulu mérite son statut de ville. Nous ne demandons pas la guerre, seulement la justice et la reconnaissance », a déclaré un membre du collectif des forces vives.

Cette manifestation intervient dans un contexte de fortes frustrations locales liées à la lenteur du processus de décentralisation et au déséquilibre perçu entre les territoires du Kasaï Central.
Tshimbulu, l’un des pôles économiques du territoire de Dibaya, plaide depuis plusieurs années pour son élévation au rang de ville, au même titre que d’autres agglomérations de la province.
Les habitants espèrent que cette mobilisation, bien que réprimée, relancera le débat au niveau national sur la reconnaissance de Tshimbulu et sur la nécessité d’une gouvernance de proximité plus équitable.

Rédaction : Victoria News Online
📍 Avec nos correspondants à Dibaya et Kananga

Laisser un commentaire