
Depuis quelques jours, une ancienne photo ressurgit dans le débat politique congolais, alimentant la désinformation et les manipulations grossières de certains acteurs politiques en quête de légitimité. On y voit le défunt Étienne Tshisekedi wa Mulumba, figure emblématique de la démocratie congolaise, entouré de responsables du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD-Goma). Une image, arrachée de son contexte, que des politiciens comme Delly Sesanga et d’autres membres du conclave des exilés de Nairobi utilisent pour tenter de ternir la mémoire d’un homme dont la vie fut une lutte constante pour la paix, la justice et la dignité du peuple congolais.
Mais la vérité historique, contrairement à la rumeur, ne s’invente pas. Elle se démontre.

Une photo, un contexte, une mission : celle de la paix
Mai 2002, Kisangani. Le pays est encore profondément meurtri par la deuxième guerre du Congo, déclenchée en 1998. Des milliers de morts, un territoire déchiré, des puissances étrangères présentes militairement sur le sol congolais : le chaos est total.
Dans ce contexte, Étienne Tshisekedi, alors président de l’UDPS et figure morale incontestée de l’opposition, prend la tête d’une nouvelle structure baptisée Alliance pour la Sauvegarde du Dialogue intercongolais (ASD).
Son objectif ? Empêcher la reprise des hostilités et ramener les différentes factions rebelles et politiques à la table du dialogue.
L’homme de Limete, fidèle à sa philosophie du changement pacifique, décide alors d’aller parler aux rebelles de Kisangani — non pas pour prendre les armes, mais pour les convaincre de les déposer.
C’est cette mission de paix, légitime et documentée, qui a donné naissance à cette fameuse photo.
La vérité historique face à la désinformation politique
Pour comprendre cette démarche, il faut se replonger dans le déroulé de la crise congolaise.
Après plusieurs tentatives infructueuses de négociations (Victoria Falls, Syrte, Lusaka), le Dialogue intercongolais est lancé à Sun City en 2002, sous la facilitation de la communauté internationale.
Mais les négociations échouent partiellement : une partie des protagonistes — dont l’UDPS et le RCD-Goma — se sentent exclus de l’“Accord des Cascades”, signé entre Joseph Kabila, Jean-Pierre Bemba et quelques autres acteurs politiques.
C’est pour préserver les acquis de ces pourparlers et éviter un retour à la guerre qu’est créée l’ASD.
En acceptant d’en prendre la présidence, Tshisekedi n’a pas pactisé avec les rebelles : il a pris la responsabilité historique de les ramener dans un processus politique.
Sa visite à Kisangani — immortalisée par cette photo — fut un acte de courage et de cohérence morale, dans un moment où beaucoup préféraient les raccourcis militaires.

Un homme de principes, jamais un homme de guerre
Contrairement à ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont transformé la politique en instrument de survie personnelle ou d’allégeance étrangère, Étienne Tshisekedi n’a jamais trempé dans la logique des armes.
Il a toujours refusé la violence comme moyen de conquête du pouvoir.
À la différence des acteurs qui, sous couvert d’idéaux, se sont alliés avec le Rwanda et ses relais armés pour massacrer des Congolais à l’Est, le Sphinx de Limete a toujours choisi la voie du dialogue, du droit et du sacrifice personnel.
Ceux qui cherchent aujourd’hui à détourner l’histoire oublient — ou feignent d’oublier — que c’est ce même Tshisekedi qui a été injustement écarté du partage de pouvoir après l’Accord Global et Inclusif de 2003, malgré son rôle déterminant dans la pacification du pays.
Son seul tort ? Avoir refusé la compromission et la soumission à la logique des armes.
Restaurer la mémoire contre la manipulation
Réhabiliter la vérité sur cette photo, c’est restaurer la mémoire collective d’un peuple trop souvent trompé par la propagande.
Il ne s’agit pas seulement de défendre un homme, mais de protéger une conception éthique de la politique congolaise, celle que Tshisekedi incarna toute sa vie : celle d’une lutte sans haine, d’une résistance sans sang, d’une foi sans trahison.
Les Congolais doivent savoir que cette image n’est pas le symbole d’une trahison, mais celui d’un patriotisme lucide, d’un leadership tourné vers la réconciliation nationale.
Et face à ceux qui veulent falsifier l’histoire pour justifier leurs alliances coupables, il convient de rappeler : le mensonge a une durée de vie courte, mais la vérité, elle, survit aux époques et aux manipulations.
La mémoire d’un Juste
Étienne Tshisekedi wa Mulumba demeure, aux côtés de Patrice Lumumba, l’une des deux figures majeures de la conscience politique congolaise.
Il n’a jamais gouverné, mais il a profondément influencé la manière de penser le pouvoir.
Il n’a jamais pris les armes, mais il a combattu plus de dictatures qu’aucun autre homme de son époque.
Et aujourd’hui, ceux qui prétendent servir le peuple devraient commencer par respecter la mémoire de ceux qui ont réellement souffert pour lui.
L’histoire retiendra les faits, pas les fables.
Et dans cette vérité historique, Étienne Tshisekedi reste du côté des Justes.



