
Le rapport annuel 2025 de Journaliste en Danger (JED) vient de paraître, révélant des statistiques alarmantes sur la sécurité des professionnels des médias en République démocratique du Congo. Si certaines formes de violations ont diminué, les assassinats et disparitions, eux, restent dramatiquement élevés, confirmant un environnement médiatique toujours hostile et meurtrier.
Un bilan meurtrier sur deux époques politiques
Selon JED, 15 journalistes ont été assassinés et 2 portés disparus entre 2001 et 2018, durant les 18 années de pouvoir de Joseph Kabila.
Sous Félix Tshisekedi, entre 2019 et novembre 2025, 12 journalistes ont déjà perdu la vie et 4 autres sont portés disparus.
Si les chiffres bruts semblent comparables, la comparaison des durées est révélatrice :
- Kabila : 15 assassinats en 18 ans → moyenne de 0,8 par an
- Tshisekedi : 12 assassinats en 7 ans → moyenne de 1,7 par an
Autrement dit, le rythme des assassinats de journalistes a plus que doublé, tandis que les cas de disparitions ont également augmenté.
Une baisse des violations, mais pas du danger de mort
JED note cependant une diminution significative du nombre global de violations :
- 2 006 violations recensées en 18 ans sous Kabila
(environ 111 par an) - 214 violations recensées en 7 ans sous Tshisekedi
(près de 30 par an)
Malgré cette amélioration structurelle, l’ONG souligne un paradoxe glaçant : les journalistes sont aujourd’hui moins nombreux à être harcelés ou censurés, mais davantage à être tués ou à disparaître.
Pour JED, ces crimes ciblés traduisent une montée de la violence extrême dans certaines zones du pays, notamment dans l’Est, où les journalistes deviennent des victimes collatérales ou directes des conflits armés, des tensions politiques locales ou du banditisme.
L’impunité, le dénominateur commun
Au-delà des statistiques, Journaliste en Danger insiste sur le problème central : aucun de ces assassinats n’a été élucidé.
« Les assassins de journalistes continuent de circuler librement », dénonce le rapport, pointant l’absence d’enquêtes sérieuses de la part des services judiciaires ou policiers.
Pour l’organisation, cette impunité institutionnelle alimente un climat de peur, encourage les violences et décourage les témoins potentiels de coopérer.
Un appel urgent à l’État congolais
Face à cette situation, JED demande :
- la création de mécanismes nationaux de protection des journalistes,
- le renforcement de la justice et de la lutte contre l’impunité,
- la sécurisation des zones à risques,
- une collaboration accrue entre autorités, médias et organisations de défense des droits humains.
Pour l’ONG, sans mesure rapide et efficace, la liberté de la presse — pourtant garantie par la Constitution — risque de s’éroder davantage, fragilisant un débat démocratique déjà mis à rude épreuve par les crises sécuritaires et politiques du pays.
Un signal d’alarme pour la démocratie
Le rapport JED 2025 intervient à un moment où le rôle de la presse est plus crucial que jamais en RDC.
Alors que les tensions régionales perdurent et que les enjeux politiques restent sensibles, protéger les journalistes devient non seulement un devoir humanitaire, mais aussi une condition essentielle à la stabilité démocratique.

