
La tension diplomatique entre la République démocratique du Congo et le Rwanda a franchi un nouveau cap ce jeudi, après les déclarations controversées du président rwandais Paul Kagame. Lors d’une conférence de presse tenue à Kigali, le chef de l’État rwandais a accusé Kinshasa de “refuser d’assumer ses responsabilités” dans la crise sécuritaire à l’Est. Une sortie jugée provocatrice par les autorités congolaises, qui y voient un nouveau stratagème visant à brouiller les pistes et à masquer l’implication directe de Kigali dans le conflit.
Lors de son intervention, Paul Kagame s’est livré à une série d’accusations contre le gouvernement congolais, l’accusant notamment :
- d’empêcher “la fin du conflit” ;
- de refuser le dialogue ;
- de bloquer des initiatives supposées de paix.
Mais pour Kinshasa, ces propos ne relèvent ni de l’analyse diplomatique ni de la recherche d’une sortie de crise. “Il s’agit d’une manœuvre de diversion”, estime un conseiller du gouvernement congolais, convaincu que Kagame cherche à déplacer la responsabilité de la crise.
Les autorités congolaises rappellent que le M23, groupe armé actif dans l’Est depuis plus de dix ans, est financé, piloté et soutenu par Kigali — une réalité documentée par de nombreux rapports des Nations unies.
Les images et témoignages recueillis autour de l’événement décrivent une conférence de presse inhabituelle : un Paul Kagame visiblement fatigué, s’exprimant devant un public composé non pas de journalistes, mais de blogueurs proches du régime, connus pour leurs campagnes de désinformation sur les réseaux sociaux.
Dans ce décor maîtrisé, Kagame est allé jusqu’à affirmer que la réouverture de l’aéroport de Goma devait être négociée “directement avec les rebelles qui contrôlent la ville”. Une déclaration qui, selon Kinshasa, “revient à reconnaître implicitement que le M23 n’est rien d’autre qu’une extension des forces de Kigali”.
Face à ces propos, le gouvernement congolais n’a pas tardé à réagir.
Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, a dénoncé une nouvelle tentative de Kigali de se dédouaner de ses responsabilités :
« Paul Kagame est le géniteur, l’architecte et le père du M23. Les accords de paix ne s’appliquent pas qu’à la RDC. Kigali doit respecter ses engagements. »
Kinshasa rappelle que :
- les accords bilatéraux entre les deux pays existent ;
- ils engagent aussi le Rwanda ;
- Kigali ne peut pas se présenter comme un arbitre alors qu’il demeure le principal acteur de l’instabilité dans les provinces de l’Est.
Cette escalade verbale intervient dans un contexte particulièrement tendu :
- des combats se poursuivent aux abords de la ville stratégique de Goma ;
- des millions de civils congolais vivent toujours dans les camps de déplacés ;
- des pourparlers parallèles se multiplient à Washington et Doha, mais sans avancée concrète ;
- les rapports des experts de l’ONU continuent de pointer l’implication rwandaise dans le soutien logistique et militaire du M23.
Pour plusieurs observateurs, “chaque mot prononcé désormais par les deux gouvernements prépare le terrain à la prochaine phase du conflit”.
Dans sa communication, la RDC insiste sur trois exigences fondamentales :
- la fin des manipulations orchestrées depuis Kigali ;
- le respect absolu de sa souveraineté territoriale ;
- la reconnaissance claire du rôle du Rwanda dans la déstabilisation de l’Est.
“Le Congo ne cédera plus face au mensonge, ni à l’intimidation”, a résumé un haut responsable congolais.
Alors que la situation sécuritaire reste explosive autour de Goma, la confrontation politique entre Kinshasa et Kigali semble atteindre un point de non-retour. Dans ce contexte, la communauté internationale est appelée à jouer un rôle plus structurant pour éviter que la crise ne dégénère davantage.



