
La justice française a franchi un cap historique dans la lutte contre l’impunité des crimes internationaux. Lundi 15 décembre 2025, la cour d’assises de Paris a condamné l’ancien chef de guerre congolais Roger Lumbala à trente ans de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité, des faits commis dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) au début des années 2000.
Âgé de 67 ans, Roger Lumbala a été jugé en vertu du principe de la compétence universelle, qui permet à un État de poursuivre et juger les auteurs présumés de crimes internationaux majeurs, indépendamment du lieu où ces crimes ont été perpétrés et de la nationalité des victimes ou des accusés. Ce verdict marque une première : jamais auparavant une juridiction nationale étrangère n’avait condamné un individu pour des crimes contre l’humanité commis dans l’est de la RDC.
Un verdict prononcé après une audience sous tension
Peu après 17 heures, le président de la cour, Marc Sommerer, a ordonné une sommation interpellative afin que l’accusé, retenu au dépôt du tribunal depuis le début de la journée, soit conduit dans la salle d’audience pour l’énoncé du verdict. Roger Lumbala, qui avait quitté brusquement le procès dès son ouverture le 12 novembre, a été contraint d’assister à la lecture de la décision.
Après près de huit heures de délibérations, les jurés ont reconnu sa responsabilité pénale pour avoir apporté un soutien politique et logistique à des groupes armés impliqués dans des exactions massives contre des populations civiles, notamment des attaques ciblées, des violences systématiques et des persécutions à caractère ethnique.
Une décision à forte portée symbolique
Cette condamnation est largement saluée par les organisations de défense des droits humains, qui y voient un signal fort envoyé aux auteurs de crimes internationaux cherchant refuge à l’étranger. Elle illustre également l’évolution du rôle des juridictions nationales dans la répression des crimes les plus graves, en complément des mécanismes internationaux tels que la Cour pénale internationale (CPI).
Avant ce procès, seuls quelques chefs de guerre congolais avaient été jugés pour des crimes commis en RDC, notamment Thomas Lubanga, Germain Katanga et Bosco Ntaganda, tous condamnés par la CPI à La Haye. Le cas Lumbala ouvre ainsi une nouvelle ère judiciaire, où les États peuvent, eux aussi, contribuer directement à la lutte contre l’impunité.
Un message aux victimes et aux responsables de crimes graves
Pour les victimes des violences dans l’est congolais, ce jugement représente une reconnaissance judiciaire de leurs souffrances, souvent restées sans réponse pendant des décennies. Il rappelle également que les crimes contre l’humanité ne sont pas prescrits et que leurs auteurs, quels que soient leur statut ou leur parcours politique, peuvent être rattrapés par la justice.
La condamnation de Roger Lumbala s’inscrit ainsi comme une décision majeure dans l’histoire judiciaire récente, renforçant le principe selon lequel aucun territoire ne doit devenir un sanctuaire pour les responsables de crimes internationaux.



