
La scène politique congolaise assiste à un duel verbal d’une rare intensité entre deux figures incarnant des camps opposés. D’un côté, Steeve Mbikayi, député national de l’Union Sacrée de la Nation (USN, majorité présidentielle), fidèle du président Félix Tshisekedi. De l’autre, Seth Kikuni, personnalité proche de l’ancien président Joseph Kabila et affilié au mouvement « Sauvons la RDC ».
L’affrontement a débuté par une « carte blanche » publiée par le député Mbikayi, ciblant le mouvement « Sauvons la RDC », qu’il assimile à un « supplétif du M23 », lui-même présenté comme un « fantôme aux ordres de Kigali ». Dans sa réponse publique, Mbikayi a lancé un défi direct à Seth Kikuni : le rencontrer sur un plateau de télévision pour un débat public, offrant ainsi aux téléspectateurs de se faire « pleinement édifier » sur les positions des deux camps. « À sa place, tout autre président d’un parti de Sauvons la RDC sera le bienvenu », a-t-il ajouté.
La réaction de Seth Kikuni, publiée sur les réseaux sociaux, a été cinglante et sans appel. Rejetant l’invitation sur le ton de la dédain, il a qualifié Steeve Mbikayi de « politicien essoufflé » dont « l’agitation n’a aucun effet sur le cours des choses ». « Vous vous fatiguez pour rien. Vous vous épuisez pour rien », a-t-il lancé, concluant par un proverbe kinois laissé en suspens : « Oko………………………… », invitant ainsi le public à compléter par l’insulte de son choix. Un ton perçu comme très agressif par les observateurs.
Dans une réplique détaillée et argumentée, le député Mbikayi a répondu avec froideur et méthode, contrastant avec la véhémence de son interlocuteur. Tout en saluant Kikuni, il a posé un principe : « le débat est l’affaire des idées, jamais celle des hommes ». Il a reproché à la réaction de Kikuni d’être « toute d’emportement et de passion », y voyant le signe d’un manque d’arguments.
Le fond de la charge de Mbikayi porte sur la légitimité et la nature du mouvement « Sauvons la RDC ». Il l’accuse d’être une opposition virtuelle, « bruyante en ligne, silencieuse dans les rues », sans assise populaire réelle. « Vous êtes l’impossible rassemblement de mille pas dans une avenue. Faute de peuple, vous avez choisi une voie : vous agripper au M23 », assène-t-il.
Surtout, le député de l’USN exprime une méfiance totale envers l’idée d’un dialogue national avec cette mouvance, qu’il estime être une « inutile et dangereuse concession » qui n’aurait pour but que de leur « donner un peu de souffle ». Il conclut son propos en qualifiant Seth Kikuni de « porte-voix de Sauvons la RDC », l’invitant à une réponse courtoise et argumentée.
Au-delà des hommes, un clash de visions
Cet échange dépasse la simple passe d’armes personnelle. Il cristallise plusieurs clivages majeurs de l’actuelle politique congolaise :
- Légitimité de l’opposition : Le cœur du débat porte sur ce qui constitue une opposition légitime. L’USN, via Mbikayi, renvoie ses adversaires à leur absence de mobilisation de masse et les associe à la rébellion du M23, un argument ultra-sensible en RDC. De son côté, « Sauvons la RDC » rejette en bloc ce qu’il considère comme une narration mensongère du pouvoir.
- Le dialogue national, mirage ou nécessité ? La proposition/répulsion autour d’un débat télévisé symbolise le différend plus large sur un dialogue politique inclusif. Pour le camp présidentiel, dialoguer avec des entités « sans peuple » et liées à l’étranger est un piège. Pour l’opposition kabiliste, le refus du dialogue montrerait l’autoritarisme et la faiblesse du pouvoir.
- La bataille de la communication : L’échange montre deux styles opposés : l’un incisif, imagé et provocateur (Kikuni), l’autre plus construit, juridique et cherchant à disqualifier sur le fond (Mbikayi). La guerre des récits se joue aussi bien dans les médias traditionnels que sur les réseaux sociaux.
À ce jour, Seth Kikuni n’a pas répondu à la dernière mise en demeure de Steeve Mbikayi concernant un débat télévisé. Les téléspectateurs congolais, souvent cités comme arbitres dans cette affaire, attendent de voir si ce duel quittera la page écrite pour s’incarner sur un plateau. Dans l’immédiat, ces lettres ouvertes ont déjà offert un spectacle cru des tensions qui traversent la République Démocratique du Congo à l’approche d’échéances électorales futures.



