
Dans un communiqué officiel rendu public ce jeudi, le Gouvernement Provincial du Sud-Kivu a dénoncé avec vigueur ce qu’il qualifie de « pillage systématique », de « spoliation des biens » et de « violations graves du droit international humanitaire » perpétrés par l’AFC/M23 dans la ville et le territoire d’Uvira. Ce document, numéroté 002/Min/Comm-Medias/sk/2026, répond directement à une correspondance récente de l’AFC/M23 adressée au Secrétaire Général des Nations Unies, qu’il accuse de « mépris manifeste » et d’« absence totale de bonne foi ».
Une rhétorique contredite par les faits, selon les autorités
Le gouvernement provincial affirme que le même jour où l’AFC/M23 signait une lettre d’engagement datée du 15 janvier 2026, le groupe armé organisait simultanément des opérations de pillage coordonné à Uvira. « Contrairement aux engagements et à la rhétorique contenus dans ladite correspondance (…) il est établi qu’à la date même de sa signature, l’AFC/M23 organisait et exécutait des opérations de pillage systématique », peut-on lire dans le communiqué.
Les faits allégués : un trafic organisé vers le Rwanda
Les autorités provinciales détaillent une série d’actes précis qu’elles attribuent aux rebelles :
- Détournement de convois militaires : 49 camions de marque Wowoo et 113 camions Ben de 6 m³, initialement prévus pour le « transport de militaires retirés de la Ville d’Uvira vers la plaine de la Ruzizi », auraient en réalité été utilisés pour le « transport illicite de biens appartenant à l’État congolais et à des particuliers » directement « acheminés vers la République du Rwanda ».
- Vol de matériaux de construction : Dans la nuit du 15 janvier, des matériaux de construction entreposés à Uvira, destinés aux efforts de reconstruction engagés par le Président Félix-Antoine Tshisekedi, auraient été « chargés de force » dans des camions appartenant à l’AFC-M23. 34 camions Wowoo chargés de goudron seraient partis en direction du Rwanda.
- Confiscation de moyens de subsistance : Des tricycles appartenant à des particuliers, essentiels au transport public et à l’économie locale, auraient été emportés. Du bétail (vaches et petit bétail) regroupé sur les plateaux serait conduit vers Bwegera, privant ainsi les populations de leurs moyens de subsistance.
- Évacuation par la frontière : Le reste des biens stockés dans les entrepôts d’Uvira aurait été évacué par la frontière de Kamanyola.
Le gouvernement provincial dénonce « l’existence d’une économie de prédation organisée, caractéristique des groupes armés opérant en violation flagrante du droit international ».
Des violations graves du droit international
Dans la seconde partie du communiqué, les autorités juridiques listent les violations qu’elles estiment avoir été commises :
- Article 33 de la IVe Convention de Genève interdisant le pillage.
- Article 52 du Protocole additionnel I protégeant les biens de caractère civil.
- Article 8 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (CPI), qualifiant le pillage de crime de guerre.
- Divers instruments internationaux relatifs au droit de propriété et aux droits économiques, sociaux et culturels.
Conséquences humanitaires : vers une « punition collective »
Le texte souligne l’aggravation délibérée de la situation humanitaire :
- Aggravation de la crise alimentaire déjà sévère à Uvira.
- Augmentation du coût de la vie dans une zone coupée de ses circuits d’approvisionnement.
- Vulnérabilité accrue d’une population dépendante de l’agriculture et de l’élevage, désormais empêchée d’accéder à ses champs et privée de son bétail.
Le gouvernement provincial qualifie cet ensemble d’actions de « punition collective », strictement interdite par le droit international humanitaire, et estime qu’il s’agit d’une « stratégie criminelle planifiée » pouvant relever des crimes de guerre et crimes contre l’humanité.
Une alerte solennelle et des appels à l’action
Le communiqué s’achève sur une mise en garde forte et des appels pressants :
- Condamnation ferme des actes criminels.
- Appel à la communauté internationale, aux Nations Unies, à l’Union Africaine, à la CPI et aux organisations de défense des droits de l’Homme pour documenter les faits et engager des poursuites contre les auteurs.
- Réaffirmation de l’engagement du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, à protéger les populations et défendre l’intégrité territoriale.
- Rappel que le « silence, l’inaction et la complaisance face à de tels crimes constituent une responsabilité morale et juridique grave ».
Le document est signé par Me LUGANYWA-BASHIZI-Didier Kab, pour le Gouvernement Provincial du Sud-Kivu, et daté de Baraka, le 16 janvier 2026.
Contexte : Cette accusation intervient dans un climat de fortes tensions dans l’est de la République Démocratique du Congo, où le groupe armé AFC/M23, soutenu selon Kinshasa et plusieurs rapports d’experts onusiens par le Rwanda, a étendu son contrôle sur de vastes territoires du Nord-Kivu et menace désormais le Sud-Kivu. Les déclarations contradictoires et la guerre de communication s’intensifient parallèlement aux affrontements militaires.
*Aucune réaction immédiate de la part de l’AFC/M23 ou des autorités rwandaises n’était disponible au moment de la publication de cet article.*


