
La Commission électorale nationale de l’Ouganda a proclamé, ce vendredi, la victoire du président sortant Yoweri Kaguta Museveni à l’issue de l’élection présidentielle. Âgé de 81 ans et au pouvoir depuis plus de trois décennies, le chef de l’État sortant a remporté le scrutin avec près de huit millions de voix, soit 71,6 % des suffrages exprimés, selon les chiffres officiels publiés par l’organe électoral.
Son principal adversaire, le leader de l’opposition et figure emblématique de la jeunesse ougandaise, Robert Kyagulanyi, plus connu sous le nom de Bobi Wine, arrive en deuxième position avec moins de trois millions de voix. Depuis l’annonce des résultats partiels, ce dernier rejette catégoriquement les chiffres communiqués par la Commission électorale, qu’il qualifie de « faux résultats », dénonçant un scrutin entaché d’irrégularités majeures et de manipulations.
Un scrutin sous haute tension
Cette proclamation intervient dans un climat politique et sécuritaire particulièrement tendu. Selon la Croix-Rouge ougandaise et plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits humains, des manifestations ont été violemment réprimées par les forces de l’ordre au cours du processus électoral. Ces organisations font état d’au moins douze manifestants tués et de plusieurs blessés, un bilan qui alimente les inquiétudes sur le respect des libertés fondamentales et du droit de manifester pacifiquement.
Les autorités, de leur côté, justifient les opérations de maintien de l’ordre par la nécessité de préserver la stabilité et la sécurité publiques face à des rassemblements jugés illégaux ou susceptibles de dégénérer.
Coupure d’internet et critiques internationales
Autre élément controversé du scrutin : la coupure totale de la connexion internet sur l’ensemble du territoire ougandais durant la période électorale. Cette mesure, ordonnée par le gouvernement, a fortement limité l’accès à l’information, entravé le travail des médias, des observateurs électoraux et des organisations de la société civile, et suscité de vives critiques tant au niveau national qu’international.
Plusieurs observateurs estiment que cette restriction des communications a porté atteinte à la transparence du processus électoral et à la liberté d’expression, renforçant les soupçons de fraude formulés par l’opposition.
Un nouveau mandat contesté
Avec cette nouvelle victoire, Yoweri Museveni s’ouvre la voie vers un nouveau mandat à la tête de l’Ouganda, consolidant un pouvoir qu’il exerce depuis 1986. Toutefois, la contestation persistante de l’opposition, les accusations de violations des droits humains et les tensions postélectorales laissent planer une incertitude sur la stabilité politique à court terme.
Dans l’attente d’éventuels recours ou appels au dialogue, la communauté internationale suit de près l’évolution de la situation, appelant les autorités ougandaises au respect des droits humains, à la retenue des forces de sécurité et à l’ouverture d’un cadre politique inclusif afin de préserver la paix et la cohésion nationale.



