
Une déclaration pour le moins explosive relance le débat régional sur la crise sécuritaire persistante dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Mathilde Mukantabana, ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, a reconnu publiquement l’existence d’une collaboration entre Kigali et l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23), affirmant que cette coopération s’inscrit dans une logique de sécurité régionale et de prévention d’une menace transfrontalière.
Dans des propos largement relayés, la diplomate rwandaise a déclaré sans ambiguïté :
« Si le Rwanda et l’AFC/M23 partagent un intérêt commun à protéger les Tutsis en RDC contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et d’autres milices extrémistes soutenues par les FARDC, l’intérêt de mon pays va au-delà : il s’agit de prévenir une nouvelle insurrection transfrontalière génocidaire, comme à la fin des années 1990, qui pourrait menacer l’existence même du Rwanda. »
Poursuivant son argumentaire, Mathilde Mukantabana a ajouté :
« C’est pour cette raison que le Rwanda collabore avec l’AFC/M23 en matière de coordination de la sécurité. Je le dis clairement afin d’instaurer la confiance par la transparence. »
Une reconnaissance officielle qui change la donne
Ces déclarations constituent l’une des reconnaissances les plus explicites, de la part d’une haute autorité rwandaise, d’un lien opérationnel avec le mouvement rebelle AFC/M23, actif dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Jusqu’ici, Kigali avait systématiquement nié toute implication directe, malgré de nombreux rapports d’experts des Nations unies faisant état d’un soutien militaire, logistique et stratégique au M23.
Cette sortie diplomatique vient ainsi conforter, aux yeux de nombreux observateurs, la thèse longtemps défendue par les autorités congolaises.
Tshisekedi conforté dans sa position ?
Le président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, n’a cessé d’affirmer que la crise sécuritaire à l’Est du pays repose sur un schéma clair : « le Rwanda comme instigateur et le M23 comme instrument ». Une lecture que Kinshasa résume souvent par une formule devenue politique : « le père Rwanda et le fils M23 ».
À la lumière des propos de l’ambassadrice Mukantabana, une question centrale s’impose désormais dans le débat public congolais et international :
👉 Félix Tshisekedi avait-il raison depuis le début ?
Pour une partie de l’opinion congolaise, cette déclaration équivaut à un aveu diplomatique, renforçant la légitimité de la position congolaise sur la scène internationale, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU, à l’Union africaine et dans les processus de médiation régionaux (Luanda, Nairobi).
Le discours des « libérateurs » mis à l’épreuve
Ces révélations fragilisent également le narratif de certains acteurs politiques, sociaux et médiatiques qui continuent de présenter l’AFC/M23 comme un mouvement de « libération » ou d’auto-défense des communautés marginalisées.
La reconnaissance d’une coordination sécuritaire avec un État voisin pose une question de fond :
➡️ Peut-on encore parler d’un mouvement purement congolais et autonome, lorsque sa stratégie s’inscrit dans les intérêts sécuritaires déclarés d’un autre pays ?
Pour de nombreux analystes, cette situation transforme le conflit de l’Est de la RDC en un problème de souveraineté nationale et d’agression indirecte, plutôt qu’en une simple rébellion interne.
Vers une reconfiguration du débat régional ?
Au-delà de la polémique, cette sortie de l’ambassadrice rwandaise pourrait avoir des conséquences diplomatiques majeures. Elle intervient dans un contexte de pressions internationales accrues sur Kigali, de sanctions ciblées envisagées, et d’exigences répétées de retrait des forces étrangères du territoire congolais.
Reste à savoir si cette « transparence » revendiquée par Kigali ouvrira la voie à une désescalade sincère ou, au contraire, à un durcissement des positions entre Kinshasa et Kigali.
Une question désormais ouverte
Dès lors, le débat est posé, sans faux-semblants :
- Reconnaître aujourd’hui que le président Tshisekedi disait vrai ?
- Ou continuer à défendre l’idée d’un AFC/M23 présenté comme des “libérateurs”, malgré l’aveu d’une coordination avec le Rwanda ?
Une chose est certaine : les propos de Mathilde Mukantabana marquent un tournant majeur dans la compréhension et la perception internationale de la crise sécuritaire à l’Est de la RDC. Le temps du déni diplomatique semble, lui, sérieusement ébranlé.



