
La République démocratique du Congo connaît un nouveau visage à la tête de son ministère de la Justice. Guillaume Ngefa Atondoko, figure emblématique de la défense des droits humains sur la scène nationale et internationale, vient d’être nommé ministre de la Justice et Garde des Sceaux dans le gouvernement Suminwa, succédant à Constant Mutamba.
Un engagement né dans l’enfance
Originaire de la RDC, Guillaume Ngefa Atondoko raconte avoir développé très tôt un sens aigu de la justice. Enfant, il s’oppose déjà aux discriminations dont sont victimes les Pygmées dans sa communauté. Ce refus des inégalités forge les bases d’un parcours militant qui ne cessera de s’affirmer au fil des années.
À l’Université de Kinshasa, où il poursuit ses études, il rejoint plusieurs mouvements étudiants, dont le Club des Africanistes, et prend position contre la division ethnique et la répression politique.
Fondateur de l’ASADHO et figure de la lutte pour les droits humains
En 1986, il crée l’Association Africaine de Défense des Droits de l’Homme (ASADHO), l’une des toutes premières ONG indépendantes en RDC. Son organisation documente et dénonce les violations des droits humains, que ce soit sous le régime de Mobutu Sese Seko ou celui de Laurent-Désiré Kabila.
Parmi ses rapports marquants, celui révélant qu’environ 200 000 réfugiés hutus et plusieurs milliers de Congolais ont été tués dans un contexte de nettoyage ethnique. Son approche impartiale, qui se refuse à toute lecture ethnique des crimes, contribue à apaiser certaines tensions intercommunautaires.
Persécution, exil et carrière internationale
Cette indépendance lui vaut aussi de vives persécutions politiques. Contraint à l’exil, il s’installe d’abord à Genève, puis en Côte d’Ivoire, tout en continuant à militer. Il participe à des initiatives internationales aux côtés de figures telles que Desmond Tutu, dans le cadre de l’initiative Speak Truth to Power.
En 1999, il intègre le système des Nations unies. Il occupe divers postes au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, notamment en Guinée-Bissau, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et en Suisse. Plus récemment, il est nommé Directeur de la Division des droits de l’homme de la MINUSMA au Mali, avant d’être expulsé par les autorités maliennes en février 2023.
Retour au pays et prise de fonctions
Après plusieurs décennies de carrière internationale, Guillaume Ngefa Atondoko retrouve aujourd’hui la scène politique congolaise. Sa nomination, le 8 août 2025, marque un tournant symbolique : pour la première fois, un défenseur historique des droits humains prend les rênes du ministère de la Justice.
Dans un contexte où l’État de droit et la lutte contre l’impunité sont au cœur des attentes de la population, son arrivée est perçue par certains comme une opportunité historique. Reste à savoir comment cet homme, qui a passé sa vie à interpeller les pouvoirs en place, saura désormais agir au cœur même de l’appareil d’État.



