
Le débat autour de l’agression rwandaise dans l’Est de la République démocratique du Congo continue de susciter de vives réactions au sein de l’opinion nationale, y compris dans les milieux ecclésiastiques. En réaction à certaines prises de position attribuées à Monseigneur Donatien N’shole, secrétaire général de la CENCO, l’abbé Blaise Kanda est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il qualifie d’amalgame dangereux, tant sur le plan politique que moral.
Dans une déclaration au ton ferme et sans équivoque, le prêtre catholique appelle à une lecture juste et responsable de la situation sécuritaire que traverse la RDC, en particulier dans les provinces de l’Est, en proie aux violences perpétrées par les groupes armés soutenus, selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, par le Rwanda.
« PAS D’AMALGAME » : une mise au point claire
Pour l’abbé Blaise Kanda, il est moralement et intellectuellement inacceptable de placer sur un même plan celui qui agresse et celui qui se défend.
« Ne mettons pas sur un pied d’égalité ces deux réalités : celui qui pourfend et celui qui se défend, celui qui s’est armé et celui qui veut désarmer », martèle-t-il.
Selon lui, la RDC est aujourd’hui dans une posture de légitime défense, confrontée à une agression extérieure caractérisée.
« La RDC est agressée et elle doit se protéger contre l’étranger et ses hommes de main, ses pantins », affirme-t-il, pointant clairement la responsabilité des forces supplétives opérant sous couvert de rébellions locales.
Un rejet de la violence contre les populations civiles
L’abbé Kanda condamne par ailleurs toute tentative de justification des violences exercées contre les populations civiles congolaises. Pour lui, les revendications politiques ou les différends avec les autorités ne sauraient en aucun cas servir de prétexte au massacre des innocents.
« Qui a des problèmes avec les gouvernants ne va pas tirer sur les pauvres gens. Les gouvernants sont à Kinshasa, et vous commencez à tuer à Bunagana ? », s’interroge-t-il avec gravité.
Un message qui vise directement les groupes armés actifs dans le Nord-Kivu, mais aussi ceux qui, selon lui, entretiennent volontairement la confusion dans l’opinion.
Une interpellation morale et spirituelle
Sur le plan spirituel, l’abbé Blaise Kanda va plus loin en avertissant contre les conséquences morales de l’amalgame.
« Qui vous acclame fait de l’amalgame et met en danger le salut de son âme », prévient-il, rappelant la responsabilité éthique des leaders d’opinion, y compris religieux.
S’appuyant sur la tradition liturgique catholique, notamment le chant pascal évoquant la chute des bourreaux dans les eaux, il insiste sur une vérité qu’il juge évidente :
« Dans cette histoire très notoire, l’agresseur est connu, et l’agressé est soutenu. »
Un appel à la lucidité nationale
À travers cette sortie, l’abbé Blaise Kanda invite l’Église, les leaders d’opinion et l’ensemble de la société congolaise à faire preuve de lucidité, de discernement et de patriotisme responsable, face à une crise qui menace l’intégrité territoriale et la cohésion nationale.
Dans un contexte régional tendu, où la RDC multiplie les démarches diplomatiques pour faire reconnaître l’agression dont elle est victime, cette prise de position relance le débat sur le rôle des voix morales dans la défense de la souveraineté nationale et la protection des populations civiles.


