
À la tribune de la prestigieuse Chambre américaine de commerce internationale, le Président de la République Démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a délivré un plaidoyer économique puissant et engagé devant un parterre d’investisseurs, d’officiels américains et de dirigeants de multinationales. Son message central, ferme et porteur d’une nouvelle philosophie : « La RDC est prête pour les affaires », mais une seule condition, non négociable, est posée : chaque dollar investi doit contribuer concrètement « à la paix et à la prospérité du peuple congolais ».
Une vision : des minerais stratégiques au service du développement
Dans un discours structuré, le Chef de l’État a campé le décor d’une nation à la croisée des chemins, affirmant que la RDC se situe désormais « à un tournant décisif, tant sur le plan africain que mondial ». Loin de se présenter comme un simple réservoir de matières premières, la RDC, selon son Président, entend jouer un rôle pivot dans la transition énergétique globale. Le cobalt, le cuivre, le lithium et autres minerais critiques, essentiels aux véhicules électriques et aux technologies vertes, doivent devenir, a-t-il insisté, « un véritable levier de transformation économique, d’industrialisation et de stabilité ».
Cette affirmation marque une volonté claire de rompre avec un passé où l’abondance des ressources était trop souvent synonyme de « conflits ou de prédation ». Le nouveau paradigme congolais, tel que porté à Washington, est celui d’une exploitation responsable, créatrice de valeur ajoutée locale, d’emplois et de retombées structurantes pour les communautés.
Un dialogue direct avec les géants de l’industrie
La table ronde économique, point d’orgue de cette journée, a permis un échange franc et direct entre la délégation congolaise de haut niveau et les représentants de plusieurs poids lourds de l’économie mondiale. Des groupes aux noms évocateurs comme Glencore et Mercuria (négoce et logistique des matières premières), Ivanhoe Mines (exploration minière) ou encore Helios Towers (infrastructures de télécommunications) ont pu échanger avec les autorités de Kinshasa.
La composition de la délégation congolaise témoignait de la priorité absolue accordée à ce rendez-vous. Elle était conduite par Daniel Mukoko Samba, Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, et Louis Watum, ministre des Mines. Leur présence conjointe a permis d’aborder tant les grands équilibres macroéconomiques et l’amélioration du climat des affaires que les aspects techniques et réglementaires du secteur minier, cœur de la stratégie de développement.
Une condition sine qua non : des investissements responsables
Le sous-titre du discours présidentiel, martelé à plusieurs reprises, est sans doute l’élément le plus novateur et le plus scruté par les observateurs. En liant explicitement l’appel aux capitaux étrangers à leur impact sur la paix et le bien-être des Congolais, Félix Tshisekedi place la barre très haut. Cette approche répond à la fois aux attentes croissantes de la communauté internationale en matière de gouvernance environnementale, sociale et de bonne gouvernance (ESG), et aux demandes pressantes de la population congolaise pour une redistribution plus équitable des fruits de la croissance.
« Le message est clair, analyse un expert présent sur place. Washington veut sécuriser ses chaînes d’approvisionnement en minerais critiques, et la RDC en a en abondance. Mais Kinshasa, de son côté, ne veut plus d’un modèle extractif déconnecté de son développement. Ils recherchent des partenaires, pas seulement des acheteurs. La table est mise pour des négociations complexes mais potentiellement historiques. »
Cette démarche offensive à Washington s’inscrit dans la continuité de la stratégie diplomatique et économique du gouvernement Tshisekedi, visant à diversifier les partenariats et à attirer des investissements « de qualité ». Reste à voir comment cette vision, saluée dans les cercles économiques de la capitale américaine, se traduira concrètement sur le terrain congolais, dans un contexte régional encore marqué par des défis sécuritaires majeurs.



