
La tension entre Kigali et certains acteurs médiatiques internationaux s’est intensifiée après la publication d’un tweet virulent du ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier J.P. Nduhungirehe, mettant directement en cause la journaliste Hariana Verras. Le diplomate rwandais l’accuse d’un manque de professionnalisme, de partialité contre le Rwanda et d’une prétendue dissimulation de liens avec la République démocratique du Congo (RDC), à la suite de l’utilisation d’un micro de la RTNC lors d’une intervention à la Maison Blanche.
Dans ce message publié sur le réseau social X (ex-Twitter), le ministre affirme notamment que la journaliste :
- prétend parler au nom du « peuple africain » à Washington ;
- aurait effectué deux voyages à Kinshasa en une année, où elle aurait rencontré le président Félix Tshisekedi ;
- aurait accepté un cadeau du chef de l’État congolais devant les caméras ;
- aurait diffusé une interview du président rwandais Paul Kagame uniquement sur la télévision publique congolaise (RTNC) ;
- aurait posé au Capitole des questions jugées « extrêmement biaisées », traduisant selon lui une « obsession » contre le Rwanda.
Le point culminant de ces accusations concerne l’usage du micro estampillé RTNC à la Maison Blanche, que le ministre interprète comme la preuve d’un lien salarial caché avec Kinshasa, allant jusqu’à qualifier l’ensemble de « fraude ».
Clarification essentielle : pas de lien professionnel avec la RTNC
Contrairement aux insinuations formulées dans ce tweet, Hariana Verras n’est ni employée ni collaboratrice de la RTNC. L’utilisation du micro de la télévision publique congolaise lors de cette interview constitue un élément matériel isolé, qui ne saurait, à lui seul, établir une relation contractuelle ou financière avec l’État congolais.
Cette précision factuelle est au cœur de la défense de la journaliste, qui dénonce une confusion volontaire entre outil de diffusion et affiliation professionnelle.
Une réponse ferme fondée sur l’éthique journalistique
Face à ce qu’elle considère comme une tentative de discrédit politique, Hariana Verras a publié une déclaration de principe particulièrement ferme. Elle y réaffirme son indépendance éditoriale, son attachement à la vérité et son rejet de toute pression étatique.
« Je défends fermement mon intégrité professionnelle en tant que journaliste engagée pour la vérité, la précision et l’éthique. Mon travail est guidé exclusivement par les faits et l’intérêt public. Aucune intimidation gouvernementale ne changera ce principe », a-t-elle déclaré.
Elle précise que l’ensemble de son travail repose sur des informations vérifiées, des sources crédibles et une observation directe, rappelant une maxime centrale du journalisme :
« Contre les faits, il n’y a pas d’arguments. »
Liberté de la presse et dérives de la personnalisation
Pour plusieurs observateurs, cette affaire dépasse largement la personne de Hariana Verras. Elle illustre une tendance préoccupante à la personnalisation et à la politisation des critiques contre les journalistes, notamment lorsqu’ils couvrent des dossiers sensibles tels que les conflits armés, les droits humains ou les relations régionales dans les Grands Lacs.
Les accusations publiques émanant d’un ministre des Affaires étrangères, diffusées sur les réseaux sociaux, soulèvent également la question de la pression diplomatique exercée sur le travail journalistique, dans un contexte où la liberté de la presse demeure fragile.
Une détermination intacte malgré la controverse
Malgré l’ampleur des attaques, Hariana Verras affirme rester fidèle à sa mission d’informer, sans compromis.
« L’intégrité consiste à rester debout face à l’intimidation et à refuser de compromettre la réalité. Les faits restent des faits, quels que soient ceux qu’ils dérangent », conclut-elle.
Cette prise de position a suscité de nombreux messages de soutien dans les milieux médiatiques et parmi les défenseurs de la liberté de la presse, qui y voient un signal fort en faveur du journalisme indépendant, à l’heure où l’information est de plus en plus prise en étau entre enjeux politiques et stratégies de communication étatique.



