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RDC : l’Amérique parie sur le cobalt congolais pour contrer ses rivaux

 C’est une annonce qui va faire trembler les équilibres économiques en Afrique centrale. Lors du sommet Powering Africa, Nick Checker, haut responsable du Bureau des affaires africaines, a placé la République démocratique du Congo au cœur de la nouvelle stratégie américaine sur le continent. En présence de l’ambassadrice Giordano et du président Jovanovic, il a dévoilé une doctrine sans ambiguïté : fini l’ère de l’assistanat, place au partenariat commercial stratégique. Et la RDC en est le fer de lance.

« Les États-Unis réinitialisent leur relation avec l’Afrique. Nous passons de l’aide à la dépendance, des discours idéologiques à des partenariats mutuellement bénéfiques », a martelé Checker, qualifiant cette approche de « correctif radical mais nécessaire » après des décennies de politiques jugées inefficaces.

En toile de fond, une réalité démographique et économique imparable : neuf des vingt économies mondiales à la plus forte croissance sont africaines, et le continent comptera 2,5 milliards de consommateurs d’ici 2050. Mais dans cette recomposition, la RDC occupe une place à part.

Kinshasa au centre du jeu stratégique

La preuve la plus éclatante de ce nouvel axe Washington-Kinshasa est l’Accord de partenariat stratégique signé l’an dernier entre les deux pays dans le cadre des Accords de Washington. Un texte qui, selon Checker, « reflète un nouveau modèle d’engagement » sur les minerais critiques, ces ressources devenues l’enjeu majeur de la compétition mondiale.

« Pendant trop longtemps, ces secteurs ont été dominés par des investissements opaques et prédateurs de nos adversaires, qui se nourrissent de la corruption et créent des marchés non viables », a-t-il dénoncé. « Les gouvernements africains, et en premier lieu celui de la RDC, reconnaissent de plus en plus qu’ils ont été exploités. Ils voient aujourd’hui aux États-Unis un partenaire transparent et durable, qui apporte des emplois, des transferts de compétences et une valeur économique à long terme. »

Trois projets colossaux ont été cités comme piliers de cette coopération renforcée :

  • Le consortium mené par Virtus, qui reprend les mines de cobalt et de cuivre de Chemaf ;
  • La concession du côté congolais du corridor de Lobito, attribuée à Mota-Engil, une infrastructure clé pour l’évacuation des minerais ;
  • La finalisation de l’accord entre le consortium Orion Critical Mineral et Glencore sur les actifs miniers de ce dernier en RDC.

« Ces projets témoignent de l’intérêt du secteur privé créé par l’accord stratégique américano-congolais », a souligné Checker, saluant « l’engagement résolu » du président Félix Tshisekedi. « Ils enverront un signal clair au reste du secteur privé : la RDC est ouverte aux affaires. »

Un virage assumé : fin de l’assistanat, place à la responsabilité

L’administration Trump ne cache pas sa volonté de rompre avec les logiques anciennes. L’aide étrangère américaine, a prévenu Checker, « n’est pas une œuvre de charité, mais un capital stratégique ». Désormais, elle est conditionnelle, ciblée, et assortie d’une stratégie de sortie claire.

« Nous voulons que les pays africains deviennent plus autonomes », a-t-il affirmé, avant de balayer d’un revers de main ce qu’il a appelé les « fausses informations » concernant la politique américaine en Zambie. Mais c’est bien sur la RDC que les projecteurs sont braqués.

Sur le plan sécuritaire, Checker a également salué les Accords de Washington signés en décembre entre la RDC et le Rwanda, qu’il a présentés comme un exemple de la méthode Trump : « un négociateur animé par un agenda défini par le réalisme ». L’administration mise sur une coopération pragmatique pour désamorcer les tensions dans l’est de la RDC, sans s’enliser dans des engagements militaires de long terme.

« L’Amérique d’abord est compatible avec l’Afrique d’abord »

Dans une formule qui résume l’esprit de ce nouveau départ, Checker a cité le secrétaire d’État Marco Rubio : « L’Amérique d’abord est parfaitement compatible avec l’Afrique d’abord. » Une manière de souligner que Washington entend traiter Kinshasa et les autres capitales africaines en partenaires égaux, et non plus en bénéficiaires d’une aide unilatérale.

« Tous les dirigeants africains que j’ai rencontrés adorent cette nouvelle approche, a conclu le haut responsable. Parce que les entreprises américaines renforcent la souveraineté économique au lieu de la miner. »

Reste à concrétiser sur le terrain ces promesses d’investissements massifs, alors que la concurrence pour les ressources congolaises reste féroce. Mais avec un accord stratégique sans précédent et trois mégaprojets dans les tuyaux, Washington semble déterminé à faire de la RDC son partenaire privilégié en Afrique. Le message est clair : le temps du “trade-not-aid” est arrivé, et Kinshasa en est l’épicentre.

Par Coco Kingson Cabamba

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