
Le débat autour des priorités de développement dans l’espace kasaïen prend une nouvelle tournure après la sortie médiatique de Jean-Marc Kabund. En réponse, Gervais Mukendi, président des étudiants de l’Université Officielle de Mbujimayi, a livré une déclaration ferme, défendant l’importance des investissements dans l’enseignement supérieur dans une région longtemps marginalisée.
Dans une prise de parole structurée et engagée, Mukendi interpelle directement l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale : « De quels Kasaïens parlez-vous ? », questionne-t-il, remettant en cause les propos attribués à Kabund selon lesquels les populations locales auraient davantage besoin de nourriture que d’infrastructures universitaires.
Une jeunesse longtemps privée d’infrastructures dignes
Le représentant estudiantin dresse un tableau sombre des conditions d’étude qui ont longtemps prévalu dans le Kasaï. Il évoque une jeunesse contrainte de suivre des cours dans des infrastructures précaires, souvent sous des toitures de fortune, avec des moyens pédagogiques limités. « Des conditions que beaucoup n’accepteraient même pas une journée », insiste-t-il, soulignant les sacrifices consentis par les familles pour offrir une éducation à leurs enfants.
Selon Mukendi, la construction récente d’infrastructures modernes à l’Université Officielle de Mbujimayi marque un tournant décisif. Il attribue cette avancée à la volonté politique du président Félix Tshisekedi, saluant « un investissement historique » en faveur de l’éducation.
« Réduire le Kasaï à la survie est une erreur »
Au cœur de sa déclaration, Mukendi dénonce une vision qu’il juge réductrice et dévalorisante : « Dire que les Kasaïens n’avaient pas besoin d’universités mais seulement de nourriture, ce n’est pas seulement faux, c’est une blessure ». Pour lui, ces propos traduisent une perception limitée des aspirations d’un peuple qui, malgré les difficultés économiques, n’a jamais renoncé à l’éducation.
Il rappelle que « le savoir est la clé de la libération », opposant une logique de dépendance à une dynamique d’émancipation par l’éducation. « Un peuple qu’on nourrit sans l’éduquer reste dépendant. Mais un peuple qu’on éduque devient libre », affirme-t-il.
Un plaidoyer pour un développement équilibré
Au-delà de la polémique, Mukendi inscrit son intervention dans une perspective plus large de développement. Il reconnaît les défis persistants — pauvreté, manque d’infrastructures sanitaires, chômage des jeunes — tout en appelant à une approche globale.
« Ce que nous avons reçu est un début, pas une fin », déclare-t-il, plaidant pour la multiplication des universités, la construction d’hôpitaux et la création d’emplois à travers des investissements économiques structurants.
Une région en quête de transformation
Cette sortie médiatique intervient dans un contexte où les provinces du Kasaï cherchent à se repositionner après des décennies de sous-investissement. Pour de nombreux observateurs, le débat soulevé par les déclarations de Kabund et la réponse de Mukendi met en lumière une tension récurrente entre les besoins immédiats et les investissements à long terme.
En conclusion, le président des étudiants insiste sur une vision ambitieuse pour sa région : « Le Kasaï n’est pas un peuple à qui l’on doit tendre la main par pitié. C’est un peuple qui veut se lever, apprendre et bâtir. » Une déclaration qui résonne comme un appel à repenser les priorités de développement en RDC, en conciliant urgence sociale et construction d’un avenir durable.

