
L’ancien ministre des Droits humains, Fabrice Puela, est sorti de sa réserve pour livrer une analyse particulièrement sévère de la situation politique actuelle, marquée par les sanctions américaines visant Joseph Kabila. Dans une déclaration à forte portée politique, il dénonce une dérive qu’il qualifie de « rupture grave avec l’éthique républicaine ».
Une critique frontale de l’ancien chef de l’État
Sans ambiguïté, Fabrice Puela décrit les sanctions comme « un sérieux coup de massue » pour l’ancien président, qu’il accuse d’avoir entretenu une vision patrimoniale de l’État. Selon lui, cette perception, « comme si la République démocratique du Congo était un héritage personnel », est incompatible avec les fondements d’un État de droit.
Il rappelle avec insistance que la fonction présidentielle demeure « la plus élevée, la plus exigeante et la plus sacrée », impliquant un devoir de réserve et de responsabilité après l’exercice du pouvoir. Pour Puela, après dix-huit années à la tête du pays, l’attitude attendue d’un ancien chef d’État est celle d’un retrait digne, conformément aux principes républicains et aux avantages garantis par la loi.
Des accusations graves sur fond d’instabilité sécuritaire
L’ancien ministre va plus loin en évoquant des accusations lourdes : il dénonce toute implication, directe ou indirecte, dans des dynamiques de déstabilisation nationale. « Organiser ou être accusé d’organiser la misère, entretenir l’instabilité, soutenir des logiques de rébellion contre son propre pays constitue une faute politique et morale majeure », affirme-t-il.
Ces propos interviennent dans un contexte particulièrement sensible, alors que Mouvement du 23 mars (M23) est au cœur de nouvelles tensions sécuritaires dans l’Est du pays, et que Washington accuse l’ancien président d’y être lié.
Le poids du passé remis au centre du débat
Fabrice Puela inscrit également son analyse dans une perspective historique, rappelant plusieurs épisodes tragiques survenus sous le régime de Joseph Kabila. Il cite notamment le charnier de Maluku, les violences liées au mouvement Bundu Dia Kongo, les affrontements de Kamwina Nsapu, ainsi que les massacres de Yumbi et d’autres drames ayant frappé différentes provinces du pays.
Selon lui, « aucune région n’a été épargnée », et ces événements continuent de marquer profondément la mémoire collective congolaise.
Une inquiétude face à un éventuel retour par la rébellion
L’ancien ministre se dit particulièrement préoccupé par les spéculations autour d’un éventuel retour au pouvoir de Joseph Kabila par des voies non démocratiques. Une telle perspective, même indirecte, serait « inquiétante, sinon inacceptable », avertit-il.
Dans ce contexte, la décision des États-Unis de sanctionner l’ancien président est perçue par Puela comme un signal fort sur la scène internationale. Elle vient, selon lui, « renforcer la gravité d’une situation déjà préoccupante » et poser la question de l’image de la RDC à l’étranger.
Un appel à la responsabilité républicaine
Au-delà des individus, Fabrice Puela insiste sur l’enjeu institutionnel. « La République n’est ni un bien privé, ni un héritage familial », martèle-t-il, appelant à une prise de conscience collective sur la fragilité des institutions congolaises.
Il conclut sur une note solennelle, soulignant que « l’Histoire, implacable, retiendra ceux qui auront contribué à bâtir, et ceux qui auront tenté de déconstruire ».
Cet intervention relance le débat politique national autour de la responsabilité des anciens dirigeants et de leur rôle dans la stabilité du pays, à un moment où la RDC fait face à des défis sécuritaires et diplomatiques majeurs.



