Accueil / Religion / Braderie des minerais” ou combat politique masqué contre le régime Tshisekedi ?

Braderie des minerais” ou combat politique masqué contre le régime Tshisekedi ?

La récente sortie médiatique de Monseigneur Fulgence Muteba, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et archevêque de Lubumbashi, continue de susciter de vives réactions dans l’opinion publique congolaise. En cause, l’expression polémique selon laquelle le pouvoir en place chercherait à « brader les minerais pour sauver un régime ». Pour certains observateurs, derrière cette formule se cache bien plus qu’une simple critique économique : elle traduirait un positionnement politique assumé et une profonde frustration face à la résilience du régime du président Félix Tshisekedi.

Une lecture politique derrière une dénonciation économique

Selon l’analyste Ambroise Mamba, l’utilisation du terme « brader » ne relève pas uniquement d’un souci de défense des intérêts nationaux. Elle masquerait plutôt un regret à peine voilé de voir le régime actuel se maintenir, en dépit de l’arsenal militaire et diplomatique déployé contre lui. Monseigneur Muteba, estime-t-il, n’aurait jamais accordé de réelles chances de survie politique au président Tshisekedi, dont la longévité au pouvoir semble aujourd’hui nourrir une irritation manifeste.

Cette irritation se serait transformée en colère au fur et à mesure que la dynamique diplomatique engagée par Kinshasa produisait des effets tangibles sur le terrain sécuritaire, notamment en freinant l’avancée des forces RDF/M23/AFC dans l’Est du pays. Les accords de Washington, perçus par le pouvoir comme un levier stratégique de stabilisation, seraient ainsi vécus par certains acteurs critiques comme une trahison de leurs attentes politiques.

Pouvoir ou pays : une confusion dénoncée

Toujours selon Ambroise Mamba, la critique adressée au régime souffre d’une ambiguïté fondamentale : elle viserait davantage le pouvoir que l’intérêt supérieur de la nation. L’analyste va plus loin en affirmant que certains discours laissent transparaître un souhait implicite de voir l’armée rwandaise progresser sans entrave sur le territoire congolais, au prix d’une déstabilisation majeure, pour provoquer la chute du chef de l’État.

Dans cette perspective, reprocher au régime de se « sauver » par des accords économiques ou stratégiques tout en fermant les yeux sur une incursion étrangère pourtant documentée par les rapports des Nations unies relèverait d’un patriotisme sélectif. « Si l’on parle de braderie, pourquoi ne pas parler de braderie du pays plutôt que du régime ? », s’interroge l’analyste, soulignant une contradiction majeure dans le discours.

Les minerais de l’Est : un problème ancien, un statu quo contesté

L’argument minier, central dans la polémique, mérite selon lui une mise en perspective historique. Depuis plusieurs décennies, les ressources minières de l’Est de la RDC profitent peu, voire pas du tout, aux populations locales. Elles constituent au contraire un facteur aggravant de l’insécurité, alimentant les conflits armés et les convoitises étrangères. Dans ce contexte, défendre le statu quo au nom d’un prétendu patriotisme reviendrait à ignorer la souffrance persistante des populations de cette région.

Pour Ambroise Mamba, l’hostilité affichée envers les accords internationaux actuels traduirait une préférence pour une situation de blocage, plutôt que pour une tentative — même imparfaite — de transformation structurelle du secteur et de la sécurité nationale.

Responsabilité morale et rôle des leaders d’opinion

L’analyste s’interroge également sur le rôle que pourrait jouer un leader religieux de premier plan comme le président de la CENCO. En tant qu’archevêque de Lubumbashi et figure morale influente du Grand Katanga, Monseigneur Muteba dispose d’un puissant levier de sensibilisation. Or, s’interroge-t-il, comment concilier cette autorité morale avec des prises de position perçues comme favorables, même indirectement, à l’avancée de forces armées hostiles à l’État congolais ?

Une guerre sur plusieurs fronts

La conclusion de cette analyse est sans équivoque : le régime de Félix Tshisekedi ne ferait pas face uniquement à une agression extérieure menée par le Rwanda et ses supplétifs du M23/AFC. Il serait également confronté à une opposition intérieure, portée par certains Congolais influents, dont des leaders d’opinion et des responsables religieux, engagés dans une lutte politique ouverte contre le pouvoir en place.

Pour Ambroise Mamba, cette réalité impose un débat national franc, où la critique politique ne saurait s’affranchir de la question fondamentale de la souveraineté, de l’intégrité territoriale et de l’intérêt supérieur de la République démocratique du Congo.

Par Coco Kingson Cabamba

Laisser un commentaire