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Brésil : une loi controversée à Rio de Janeiro récompense les policiers pour la mort de « criminels

L’Assemblée législative de l’État de Rio de Janeiro (Alerj) a provoqué une onde de choc au Brésil et à l’international en adoptant, ce vendredi, une loi prévoyant le versement de primes financières aux policiers impliqués dans la mort de personnes qualifiées de « criminels » lors d’opérations de sécurité publique. Cette mesure, adoptée à la majorité des députés régionaux, a immédiatement suscité de vives réactions de la part des organisations de défense des droits humains, qui dénoncent un encouragement à la violence extrajudiciaire.

Selon les initiateurs du projet de loi, la prime vise à « motiver » les forces de l’ordre face à l’explosion de la criminalité violente dans l’État de Rio, gangréné depuis des décennies par les narcotrafiquants et les milices armées. Les partisans estiment qu’il s’agit d’un instrument « pragmatique » pour renforcer l’efficacité des opérations de police et restaurer l’autorité de l’État dans les favelas.

« Nos policiers risquent leur vie chaque jour. Il est juste de les récompenser lorsqu’ils neutralisent des individus qui menacent la société », a déclaré un député favorable au texte lors du vote.

Amnesty International, Human Rights Watch et plusieurs ONG brésiliennes de défense des droits civiques ont immédiatement condamné cette décision, la qualifiant de « prime à la mort ».

« Cette loi institutionnalise une incitation au meurtre et risque de légitimer des exécutions sommaires. Elle sape l’État de droit et ouvre la porte à une escalade de la violence policière », a dénoncé l’ONG Justiça Global, basée à Rio.

Les experts rappellent que l’État de Rio de Janeiro détient déjà un triste record : selon l’Institut de sécurité publique (ISP), plus de 1 300 personnes sont mortes en 2024 lors d’interventions policières, un chiffre parmi les plus élevés du pays.

Des juristes annoncent d’ores et déjà qu’ils saisiront la Cour suprême fédérale pour tenter de bloquer la mise en œuvre de cette loi, qu’ils estiment contraire à la Constitution brésilienne et aux traités internationaux signés par le pays.

« Récompenser des policiers pour des morts est incompatible avec les principes fondamentaux de la dignité humaine et du droit à la vie », a réagi un professeur de droit constitutionnel de l’Université de São Paulo.

Cette décision illustre une fois de plus la fracture de la société brésilienne face à l’insécurité. Alors qu’une partie de la population soutient des mesures musclées pour faire face au crime organisé, une autre redoute une dérive autoritaire qui banalise la violence d’État.

Le gouverneur de Rio de Janeiro n’a pas encore promulgué la loi. Son choix sera scruté de près, tant au Brésil qu’à l’étranger, alors que le pays est régulièrement pointé du doigt pour la brutalité de ses forces de l’ordre.

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