
Le Cardinal Fridolin Ambongo suscite une vive polémique en République démocratique du Congo après sa rencontre, ce vendredi 2 août, avec le président rwandais Paul Kagame, à Kigali. En marge d’une réunion officielle du Symposium des Conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM), le prélat congolais a été photographié aux côtés de celui que de nombreuses voix congolaises considèrent comme l’un des principaux responsables des violences à l’est de la RDC.
Cette image, diffusée sur les réseaux sociaux et relayée dans la presse régionale, intervient le même jour que la commémoration du Génocost, journée dédiée aux millions de Congolais victimes des guerres et massacres à répétition perpétrés en grande partie dans l’Est du pays depuis plus de deux décennies. Une coïncidence qui a choqué de nombreux Congolais, notamment les rescapés et familles des victimes.
“Ce 2 août n’est pas une date comme les autres. C’est une journée de recueillement national. Voir une autorité morale comme le Cardinal Ambongo poser avec Paul Kagame aujourd’hui, c’est une trahison envers notre mémoire collective,” a déclaré un militant de la société civile basé à Goma.
Un silence qui dérange
Le Cardinal Ambongo, archevêque de Kinshasa et figure influente de l’Église catholique en Afrique centrale, ne s’est pas encore exprimé publiquement sur cette rencontre, ni sur son absence de positionnement lors des commémorations du Génocost. Son silence alimente l’indignation dans l’opinion publique, qui s’attendait à une parole forte de sa part en cette journée symbolique pour les Congolais.
Plusieurs analystes y voient une tentative de normalisation diplomatique entre les autorités congolaises religieuses et le régime de Kigali, dans un contexte de tensions persistantes entre Kinshasa et Kigali. Mais pour beaucoup, ce geste est malvenu, voire insultant.
Kigali, entre diplomatie ecclésiastique et insensibilité politique
Le déplacement du SCEAM au Rwanda avait pour objectif de discuter des défis communs de l’Église en Afrique. Néanmoins, la présence de Paul Kagame, souvent accusé par des rapports des Nations Unies d’ingérence militaire en RDC et de soutien au groupe armé M23, a ravivé les douleurs de nombreuses familles congolaises endeuillées.
“La mémoire des morts mérite respect. Le choix du Cardinal Ambongo est incompréhensible, voire immoral, en ce jour de commémoration nationale”, a réagi un prêtre catholique de Bukavu.
Un message brouillé
Alors que la RDC continue de demander justice pour les crimes commis sur son sol, notamment à travers le plaidoyer pour un Tribunal pénal international pour le Congo, ce geste du Cardinal Ambongo brouille le message porté par l’Église catholique congolaise ces dernières années en faveur de la paix, de la vérité et de la mémoire.
De nombreuses voix appellent désormais le Cardinal à s’expliquer publiquement et à faire preuve de cohérence entre ses paroles pastorales et ses actes diplomatiques.

