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Condamnation de Kabila : Monsenepwo démonte l’argumentaire de Nyarugabo

La récente prise de parole du sénateur Moïse Nyarugabo, cadre politique proche de l’ancien président Joseph Kabila, continue de susciter de vives réactions sur la scène nationale. En dénonçant une prétendue « injustice » dans la condamnation de Joseph Kabila par la Haute Cour militaire, l’ancien vice-président du Sénat a ouvert un débat houleux sur la légitimité des actions de l’actuel chef de l’État, Félix Tshisekedi.

Face à cette sortie, l’ambassadeur Jean Thierry Monsenepwo n’a pas tardé à réagir, pointant du doigt une confusion volontaire entre les prérogatives constitutionnelles du Président de la République et les initiatives privées de l’ancien chef de l’État.

Pour rappel, Joseph Kabila a récemment été condamné par la Haute Cour militaire à la peine capitale, assortie d’une amende de 30 milliards de dollars, pour collusion avec le mouvement rebelle M23/AFC. Selon le jugement, l’ancien président aurait entretenu des liens avérés avec ce groupe armé, soutenu par le Rwanda et impliqué dans de nombreux crimes de guerre dans l’Est du pays.

Moïse Nyarugabo, réagissant à ce verdict, s’était interrogé publiquement : « Si Joseph Kabila est condamné pour avoir été vu dans l’Est, pourquoi Félix Tshisekedi et son gouvernement, qui ont mandaté des délégations officielles à Doha pour discuter avec le même mouvement, ne devraient-ils pas subir le même sort ? »

Un argument qui, selon l’ambassadeur Monsenepwo, traduit une méconnaissance – ou une volonté de brouiller – la différence entre diplomatie d’État et collusion individuelle.

Pour étayer sa position, Jean Thierry Monsenepwo rappelle que la Constitution congolaise, en son article 69, confère au Président de la République le rôle de garant de la nation et unique détenteur du pouvoir de représenter l’État, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

« Lorsqu’il envoie des émissaires à Doha, Nairobi ou Luanda, Félix Tshisekedi agit dans le cadre d’une diplomatie d’État, validée et encadrée par des partenaires internationaux », souligne-t-il.
À l’inverse, poursuit-il, Joseph Kabila, bien qu’ancien chef de l’État et sénateur à vie, n’a plus aucune prérogative exécutive ou diplomatique. Ses démarches ne peuvent dès lors être considérées que comme personnelles et, dans ce cas précis, contraires à l’intérêt national.

L’ambassadeur insiste également sur la distinction entre les négociations officielles menées par un gouvernement légitime et des discussions occultes avec un groupe armé.
« Le M23/AFC est une force négative reconnue comme telle par la communauté internationale. Les contacts qu’entretient l’État congolais dans le cadre de processus de paix internationaux n’ont rien à voir avec des tractations personnelles et secrètes », explique-t-il.

Il rappelle par ailleurs que le monopole de la violence légitime et de la diplomatie appartient exclusivement à l’État. Toute tentative d’agir en marge de ce principe peut être assimilée à une trahison.

Pour illustrer ses propos, Monsenepwo établit un parallèle avec la situation au Moyen-Orient :
« Si, en Israël, le Premier ministre en fonction engage des pourparlers supervisés par l’ONU avec le Hamas, il s’agit d’un acte souverain, reconnu et encadré par la communauté internationale. Mais si un ancien chef d’État israélien menait en secret des discussions avec ce même groupe, ce serait immédiatement qualifié de collusion. »

Au-delà du débat juridique, cette affaire révèle une profonde fracture politique. D’un côté, les proches de Joseph Kabila dénoncent une « justice à double vitesse » ; de l’autre, les partisans du président Tshisekedi insistent sur la primauté du droit constitutionnel et sur la nécessité de protéger l’État contre toute tentative d’ingérence parallèle.

L’intervention de l’ambassadeur Monsenepwo vient ainsi replacer le débat sur un terrain institutionnel : celui de la souveraineté et du respect des prérogatives présidentielles.
Une manière de rappeler que, dans un pays en guerre hybride et confronté à des menaces existentielles, la confusion entre initiatives personnelles et diplomatie d’État peut fragiliser davantage la cohésion nationale.

Par Coco Kingson Cabamba

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