
Depuis sa cellule, l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, a adressé une série de messages au peuple congolais et africain. Dans ces écrits, il dépeint un tableau sombre de la justice congolaise, qu’il qualifie d’instrument de règlement de comptes et de « complot politique » ourdi par des réseaux mafieux internes.
Constant Mutamba, actuellement détenu depuis le 2 septembre dans des conditions qu’il décrit comme « inhumaines », affirme être la cible d’un procès en sorcellerie monté de toutes pièces. Il dénonce une « procédure administrative transformée machiavéliquement en procédure pénale », ayant abouti à sa condamnation à trois ans de travaux forcés et à la privation de ses droits civils et politiques. Il souligne que cette condamnation s’appuie sur un prétendu détournement de 19 millions de dollars américains, une somme qu’il affirme être « imaginaire » et dont il nie l’existence.
Dans ses missives, l’ancien garde des Sceaux fustige un système judiciaire qu’il estime avoir été détourné de sa mission. « Loin d’être le rempart de l’Etat (…), notre justice se présente (…) comme cet instrument de règlement de comptes, destiné à opprimer les faibles, les pauvres et à faire taire les voix qui s’élèvent », écrit-il. Il accuse la Cour constitutionnelle d’avoir failli à son rôle de protectrice des droits fondamentaux en rejetant ses recours, confirmant selon lui la thèse d’un « déni de justice ».
Une partie de ses accusations portent sur l’entourage du Chef de l’État. Mutamba estime que le Président de la République est « le mal compris de ses collaborateurs censés l’aider et le protéger ». Il les accuse de « l’exposer en refusant de prendre des risques pour lui » et de « combattre tous ceux qui l’aident réellement, en fabriquant des dossiers souvent faux pour les éloigner de la Cour ». Il affirme que ces acteurs « travaillent en réseaux » et servent des intérêts étrangers, pointant du doigt Kigali.
Au-delà de la dénonciation, les messages de Constant Mutamba se veulent un cri de ralliement. Il salue la mobilisation du peuple congolais et de la jeunesse panafricaine, qu’il encourage à poursuivre la lutte. « Seuls la lutte libère », assène-t-il, reprenant un slogan emblématique. Il présente son combat personnel comme le symbole d’une résistance plus large contre un « système mafieux » qui entrave le véritable changement et le développement du Congo et de l’Afrique.
Il rend un hommage appuyé à ceux qui, selon lui, ont payé le prix fort pour leur soutien, évoquant notamment des arrestations arbitraires et le décès de Maître Alidor Kahisha et de la maîtresse Bernadette Elofife, présentés comme des « héros ».
Cette affaire dépasse le cas personnel de Constant Mutamba pour poser des questions cruciales sur les priorités de gouvernance, l’indépendance de la justice et la solidarité gouvernementale en République Démocratique du Congo, à un moment où le pays fait face à de graves défis sécuritaires dans sa partie orientale.



