
Un document manuscrit exclusif, adressé à Jean-Pierre Bemba et transmis à plusieurs hautes personnalités congolaises, est parvenu à la rédaction de Victorianews. Son auteur : Roger Lumbala Tshitenga, emprisonné à Paris et jugé pour des faits qualifiés de « crimes contre l’humanité » commis dans l’Est de la RDC au début des années 2000.
Dans cette correspondance datée du 16 novembre 2025 et écrite depuis la prison de la Santé, Roger Lumbala livre un témoignage dense, conteste la procédure judiciaire française et appelle à l’intervention urgente d’anciens cadres du MLC ainsi que de diplomates étrangers.
Un procès sous tension et une contestation de la compétence française
Dès les premières lignes, Roger Lumbala affirme qu’il est jugé depuis le 12 novembre pour des accusations liées à des crimes graves commis dans l’ex-Province Orientale en 2002–2003. Il soutient que le dossier aurait été alimenté par des ONG internationales opérant en coopération avec une organisation angolaise.
Lumbala indique n’avoir « jamais attaqué » Jean-Pierre Bemba, dont il dit avoir attendu un soutien pour rétablir certains faits. Il affirme également :
« La Cour d’assises n’est pas compétente pour me juger. »
Selon son récit, il aurait déclaré cette position dès le 3ᵉ jour du procès, en présence du professeur Tshibangu Kalala ainsi que de ses avocats français. Il précise avoir entamé une grève de la faim, estimant faire face à une justice « déterminée à lui infliger la peine maximale ».
Un appel direct à Jean-Pierre Bemba et aux anciens cadres du MLC
La lettre est directement adressée à Jean-Pierre Bemba Gombo, président du MLC et vice-Premier ministre en charge de la Défense jusqu’en 2024.
Lumbala sollicite officiellement son intervention afin qu’il témoigne par visioconférence, soit via l’ambassade de France à Kinshasa, soit via la MONUSCO.
Il appelle aussi à l’aide :
- des anciens cadres du MLC,
- des responsables militaires de l’époque,
- et des diplomates étrangers présents lors des événements cités (États-Unis, Belgique, France).
Il affirme qu’à l’époque des faits, la RDC « n’avait ni militaire ni policier, ni armes ni munitions », et soutient n’avoir exercé aucune autorité de commandement opérationnel, notamment sur le bataillon basé à Isiro dirigé par le général Constant Ndima.
Un éclairage sur les accords de paix du début des années 2000
Une partie essentielle de la lettre revient sur les négociations inter-belligérantes organisées dans le cadre du processus de sortie de crise :
Lumbala rappelle une réunion de Gbadolite entre Antoine Mova Sakanyi, représenté comme président du RCD/K-ML, et Antipas Mbusa Nyamwisi, visant à arrêter les hostilités.
Selon lui, un accord déjà signé aurait été présenté à cette occasion pour qu’il « appose sa signature sans avoir participé aux délibérations ».
Il affirme que cette séance s’était déroulée en présence de trois ambassadeurs et du président de la MONUSCO.
Une lettre transmise aux plus hautes autorités congolaises
Le document est accompagné d’une liste de destinataires « pour information », parmi lesquels :
- Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, Président de la RDC
- Olivier Kamitatu
- François Mwamba
- Dominique Kanku
- Delly Sesanga Hipungu
- Thomas Luhaka Losonjola
- Mohamed Bule
- Général Constant Ndima
- Général Amuli
Cette diffusion laisse entrevoir la volonté de l’auteur d’exercer une pression politique et diplomatique sur la conduite de son procès.
Une démarche de défense qui prend une dimension politique
En concluant sa lettre, Roger Lumbala demande à Jean-Pierre Bemba de « faire diligence » afin d’apporter son témoignage.
Il signe : « Bonne compréhension – Roger Lumbala Tshitenga ».
Cette correspondance, qui mêle récit judiciaire, défense personnelle et rappels historiques, ouvre de nombreuses interrogations sur :
- la nature exacte des accusations,
- le rôle des différents acteurs politiques et militaires de l’époque,
- et les interactions entre justice française, diplomatie internationale et figures de l’ex-rébellion.



