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Dialogue CENCO–ECC : un « pacte social » entre idéal et réalités politiques

L’Église catholique et l’Église protestante, respectivement réunies au sein de la CENCO (Conférence Épiscopale Nationale du Congo) et de l’ECC (Église du Christ au Congo), viennent d’annoncer le lancement d’une initiative baptisée « Pacte social pour le bien vivre ensemble ». Selon ses initiateurs, il s’agit d’un cadre de concertation pour rapprocher les Congolais, renforcer l’unité nationale et favoriser la paix.

L’idée, noble sur le papier, s’inscrit dans un contexte où la République démocratique du Congo traverse une crise multidimensionnelle : insécurité persistante dans l’Est, tensions politiques, fragilité économique et divisions sociales. Mais pour une partie de l’opinion, ce dialogue n’est qu’un énième rendez-vous qui risque de s’inscrire dans la longue liste de tentatives infructueuses depuis l’indépendance.


Une longue tradition de dialogues… au service des élites

Depuis 1960, le Congo a multiplié les dialogues nationaux, conférences, concertations et forums en tous genres. Chacun a été présenté comme une solution miracle pour « réconcilier les Congolais », mais l’histoire montre que beaucoup se sont soldés par des arrangements entre leaders politiques, avec comme principale conséquence un partage des postes.

Le dialogue de Sun City, tenu entre 2002 et 2003 en Afrique du Sud, en est l’illustration parfaite. Il avait permis aux différentes factions armées et politiques de se répartir les responsabilités au sommet de l’État, laissant une population meurtrie en marge des bénéfices de cet accord. La sécurité promise n’est pas venue, les tensions ethniques n’ont pas disparu et l’Est du pays est resté instable.


Des élections sous tension et un bilan amer

Six ans après Sun City, la RDC organisait en 2006 ses premières élections pluralistes depuis plus de quatre décennies, sous l’égide de l’abbé Apollinaire Malu Malu, prêtre catholique. Paradoxalement, la CENCO, pourtant issue de la même institution religieuse, avait récusé ce dernier. La proclamation des résultats s’était déroulée dans un climat électrique, sous protection d’un char de combat, un événement marquant qui coûta la vie à un Congolais, Igho Tanzambi.

À peine les élections terminées, certains acteurs politiques issus de Sun City reprirent le chemin de la rébellion. Le RCD, par exemple, se transforma en CNDP, preuve que le dialogue précédent n’avait pas résolu les causes profondes des conflits.


Des Églises divisées prônant l’unité nationale

Si la CENCO et l’ECC appellent aujourd’hui au « bien vivre ensemble », leurs propres structures reflètent parfois les divisions qu’elles souhaitent combattre. La RDC, État laïc, compte huit plateformes de confessions religieuses, qui ne vivent pas toutes en parfaite harmonie. La question se pose : si les dirigeants religieux eux-mêmes ne parviennent pas à s’unir, comment peuvent-ils espérer convaincre les 100 millions de Congolais de le faire ?

L’Église protestante, co-organisatrice de cette initiative, fait face à ses propres querelles internes. Le conflit ouvert entre les pasteurs Tshibemba Tshimpaka et Kalenga Disashi au Kasaï Oriental dure depuis plusieurs années, illustrant les tensions qui minent cette institution.


Une initiative qui esquive les vrais défis

Pendant que les Églises se mobilisent autour de ce pacte social, la RDC continue de faire face à une agression étrangère largement documentée. Les rapports successifs des Nations unies désignent le Rwanda comme un acteur majeur dans la déstabilisation de l’Est du Congo, impliqué dans l’exploitation illégale des ressources minières et l’occupation de territoires.

La question cruciale est la suivante : après ce dialogue CENCO–ECC, le Rwanda abandonnera-t-il ses ambitions économiques et stratégiques en RDC ? Rien ne le laisse présager.


Un risque de répétition historique

Pour beaucoup de Congolais, ce dialogue ressemble à une pièce déjà jouée : un discours fédérateur en façade, mais en arrière-plan, un processus qui pourrait détourner l’attention des vraies urgences, isoler le dossier de l’agression rwandaise et préparer un nouveau partage de pouvoir entre politiciens.

L’histoire du pays enseigne que, dans la plupart des cas, ce sont les élites politiques et les organisateurs des dialogues qui en sortent gagnants. Le peuple, lui, reste souvent spectateur et perdant, malgré les promesses de réconciliation et de prospérité.

Le « Pacte social pour le bien vivre ensemble » lancé par la CENCO et l’ECC se présente comme un noble engagement moral et patriotique. Mais au regard des précédents dialogues et des divisions internes aux confessions religieuses elles-mêmes, de nombreux citoyens s’interrogent sur sa sincérité et son efficacité.

À l’heure où la RDC est confrontée à une agression extérieure, à la misère sociale et à une crise de confiance envers ses institutions, le défi est immense : prouver que cette fois, le dialogue ne servira pas de marchepied à de nouveaux arrangements politiques, mais qu’il apportera réellement des réponses aux aspirations du peuple congolais.

COCO KINGSON

Analiste politique

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