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Jean-Thierry Monsenepwo interpelle sévèrement Mgr Fulgence Muteba sur la guerre, les minerais et le silence de l’Église

Dans une lettre ouverte au ton ferme et argumenté, l’ambassadeur et acteur politique Jean-Thierry Monsenepwo s’adresse directement à Monseigneur Fulgence Muteba Mugalu, archevêque métropolitain de Lubumbashi et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO).
Cette sortie intervient à la suite de l’homélie de Noël du prélat catholique, au cours de laquelle il a accusé les autorités congolaises de « brader les minerais », de « sacrifier la nation pour sauver un régime » et d’entretenir une forme de « colonialisme économique ».

Pour Jean-Thierry Monsenepwo, ces propos ne relèvent pas d’une simple opinion pastorale, mais constituent une prise de position publique engageant la responsabilité morale et historique de l’Église catholique congolaise.

« Une parole qui dérange la vérité »

Dès l’entame de sa lettre, l’auteur récuse toute interprétation politique de sa démarche. Selon lui, la réaction n’est pas motivée par une défense du pouvoir en place, mais par ce qu’il considère comme une altération grave de la vérité historique et factuelle.

« Lorsqu’une autorité morale de votre rang formule publiquement de telles accusations, elle engage non seulement sa parole pastorale, mais aussi sa responsabilité historique devant un peuple martyrisé », écrit-il.

L’agression rwandaise, un fait « établi et documenté »

Au cœur de l’argumentaire de Monsenepwo figure un point central : la guerre imposée à la RDC depuis 1996, qu’il qualifie d’agression extérieure systémique, principalement orchestrée par le Rwanda.

Il s’appuie sur plusieurs rapports officiels des Nations Unies, notamment ceux du Groupe d’experts du Conseil de sécurité sur la RDC (2022, 2023 et 2024), qui établissent :

  • le soutien militaire, logistique et opérationnel du Rwanda au mouvement rebelle M23 ;
  • la présence de milliers de soldats des Rwanda Defence Forces (RDF) sur le sol congolais, certains rapports évoquant jusqu’à 7.000 militaires engagés aux côtés du M23, notamment dans le Nord-Kivu.

Ces conclusions, rappelle-t-il, ont été reprises par plusieurs partenaires internationaux, y compris les États-Unis, qui ont publiquement accusé le président rwandais Paul Kagame d’avoir planifié et soutenu l’offensive du M23 contre la RDC.

Une indignation jugée sélective

Face à ces faits, Jean-Thierry Monsenepwo pose une question qu’il estime fondamentale : où était la parole de la CENCO et de son président pendant les pires épisodes de violence dans l’Est du pays ?

Il évoque notamment :

  • des villages rasés,
  • des massacres de civils,
  • l’enrôlement forcé d’enfants,
  • les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre.

Il cite également les rapports de Human Rights Watch documentant des exécutions sommaires, fosses communes et assassinats ciblés à Kishishe, Rutshuru, Goma, Uvira et Bukavu.

Pour l’auteur, le contraste entre ce silence et la virulence actuelle des critiques contre les autorités congolaises pose un problème de cohérence morale.

Kigali, un malaise moral

L’acteur politique va plus loin en évoquant les déplacements de Mgr Muteba à Kigali, ses paroles jugées cordiales et ses apparitions publiques aux côtés du président rwandais.

« Ces gestes posent un problème moral majeur, un problème de crédibilité », estime-t-il, rappelant que le Rwanda est aujourd’hui formellement mis en cause par les Nations Unies.

Il juge par ailleurs troublant que l’archevêque dénonce avec vigueur des accords diplomatiques encore inexistants ou non ratifiés, évoquant même des engagements de 99 ans, tout en restant discret face à une agression armée réelle, documentée et sanglante.

Colonialisme économique vs colonialisme armé

Pour Monsenepwo, assimiler des discussions diplomatiques à un « colonialisme économique » tout en passant sous silence ce qu’il qualifie de colonialisme armé constitue une distorsion grave de la hiérarchie des responsabilités.

Il affirme :

  • qu’on ne peut accuser sans preuve un État agressé,
  • tout en épargnant moralement un État agresseur,
  • et prétendre incarner la conscience nationale.

Dans ce contexte, insiste-t-il, le silence n’est pas neutralité, mais positionnement.

Un appel à la responsabilité historique de l’Église

Tout en reconnaissant le droit de l’Église d’interpeller le pouvoir politique, Jean-Thierry Monsenepwo estime qu’elle ne peut se permettre de désarmer moralement la Nation face à ceux qui la déchirent.

« Le peuple congolais ne demande pas à l’Église de bénir un régime, mais de nommer l’agresseur, de pleurer les victimes congolaises et de ne pas relativiser le sang versé », écrit-il.

« L’Histoire retiendra les paroles, mais surtout les silences »

La lettre se conclut par une mise en garde solennelle. Selon son auteur, l’Histoire jugera autant les prises de parole que les silences, surtout lorsqu’ils concernent la souveraineté, la dignité nationale et la mémoire des martyrs congolais.

Cette sortie relance le débat sensible sur le rôle de l’Église catholique dans la crise sécuritaire à l’Est de la RDC, ainsi que sur la frontière entre engagement pastoral, responsabilité morale et positionnement politique dans un contexte de guerre.

Par Coco Kingson Cabamba

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