
La Haute Cour militaire de Kinshasa a poursuivi, ce mardi, l’instruction du procès opposant l’Auditeur général des FARDC et le ministère public au lieutenant-général Philémon Yav Irung, ancien commandant de la troisième zone de défense et ex-coordonnateur des opérations militaires au Nord-Kivu. Quatre hauts gradés des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont été entendus en qualité de renseignants, dans une affaire sensible mêlant accusations de trahison et soupçons de collusion avec des officiers étrangers.
Des accusations lourdes contre un ancien haut responsable militaire
Le lieutenant-général Philémon Yav est poursuivi pour trahison et incitation des militaires à des actes contraires au devoir et à la discipline, des infractions graves au regard du Code pénal militaire. Au cœur du dossier, deux messages extraits des téléphones de l’accusé, attribués au colonel Célestin Senkoko, secrétaire particulier du général rwandais James Kabarebe, figure influente de l’appareil sécuritaire du Rwanda.
Les deux messages présentés à la cour par l’accusation sont particulièrement compromettants. Le premier évoque explicitement un blocage stratégique :
« C’est ce Cirimwami là qui bloque notre projet. »
Le second message, plus explicite encore, s’adresse au général Evariste Mwehu :
« Toi Général Mwehu, tu es tout le temps au front. La victoire remportée va profiter à ces bangala. Toi, on ne te verra pas. »
Quatre généraux appelés à la barre
Les témoins entendus sont tous des officiers généraux ayant occupé des fonctions clés dans l’appareil sécuritaire congolais. Il s’agit du lieutenant-général Constant Ndima Kongba, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, du général-major Sylvain Ekenge Bomusa Efomi, porte-parole suspendu des FARDC, du général de brigade Dany Yangba Tene, ancien conseiller, et du général de brigade Evariste Mwehu Lumbu, ex-commandant du secteur opérationnel Sukola 2 Sud, au Sud-Kivu.
À la barre, le général Ndima a reconnu avoir été informé à Goma, par le général Peter Cirimwami, de l’existence d’un message en provenance du Rwanda. Selon sa déposition, il aurait instruit le général Sylvain Ekenge, alors en mission à Kinshasa, de transmettre cette information à la hiérarchie militaire, notamment au chef d’état-major général des FARDC, au sous-chef d’état-major chargé des renseignements, ainsi qu’au chef de la Maison militaire du chef de l’État.
Témoignages concordants… et une contestation
Les généraux Sylvain Ekenge et Dany Yangba, également présents à l’audience, ont confirmé les déclarations de leur ancien supérieur, renforçant ainsi la thèse de l’accusation sur la circulation de ces messages au sein de la chaîne de commandement.
En revanche, le général Evariste Mwehu a catégoriquement rejeté toute implication personnelle. Il a nié avoir reçu un message en provenance du général James Kabarebe, affirmant que la communication évoquée concernait plutôt une directive interne interdisant formellement tout contact entre les militaires des FARDC et les combattants des FDLR.
Cette version a été fermement contestée par l’Auditeur général, qui a rappelé à la cour que le dossier judiciaire se limite strictement aux deux messages initiaux présentés comme éléments à charge, et non à des instructions opérationnelles générales.
Une audience renvoyée au 7 février
Au terme des auditions, la Haute Cour militaire a décidé de renvoyer l’audience au 7 février 2026, afin de permettre la poursuite de l’instruction et l’examen approfondi des éléments versés au dossier.
Ce procès, suivi de près par l’opinion publique congolaise, intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu à l’Est du pays, marqué par la persistance des conflits armés et les accusations récurrentes d’ingérences étrangères. Les prochaines audiences pourraient s’avérer déterminantes pour la suite de cette affaire aux implications politiques et militaires majeures.


