
Un drame s’est produit mercredi dans la commune de N’sele, à l’est de Kinshasa. Cinq enfants d’une même famille ont trouvé la mort dans un incendie qui a ravagé leur maison au quartier Talangai, selon des sources policières.
« Ce qui vient de se passer est un coup dur. Nous avons perdu cinq enfants d’une même famille à cause de ce feu qui a réduit en cendres toute la maison », a déclaré, visiblement ému, le commissaire Odon Ndoko, commandant du sous-commissariat du quartier Talangai.
Si l’origine de l’incendie n’a pas encore été déterminée, ce nouveau drame illustre une fois de plus la vulnérabilité de la capitale congolaise face aux feux domestiques. Kinshasa, mégapole de plus de 15 millions d’habitants, enregistre régulièrement des incendies meurtriers, souvent liés à des installations électriques vétustes, des courts-circuits ou des raccordements anarchiques.
Dans de nombreux quartiers périphériques, les constructions précaires et la promiscuité aggravent les risques. Les habitants, dépourvus de moyens de prévention comme des extincteurs ou des détecteurs de fumée, ne peuvent souvent que constater les dégâts une fois les flammes déclarées.
Le manque d’efficacité des services de lutte contre les incendies est régulièrement pointé du doigt. Kinshasa ne dispose que de quelques casernes pour l’ensemble de ses communes. Les camions de pompiers, souvent hors service, peinent à se rendre rapidement sur les lieux, tandis que l’absence de bornes d’incendie fonctionnelles dans plusieurs zones complique l’intervention.
« Les pompiers arrivent toujours tard, parfois avec du matériel insuffisant. Souvent, les habitants se débrouillent seuls pour éteindre les flammes, avec des seaux d’eau ou du sable », confie un témoin rencontré dans la commune voisine de Maluku, elle aussi touchée par des incendies ces dernières années.
Le cas de Kinshasa n’est pas isolé. Dans d’autres grandes villes du pays, le phénomène reste tout aussi préoccupant. À Lubumbashi, plus de 140 incendies accidentels ont été enregistrés en dix mois, dont la majorité liée à des installations électriques défectueuses. À Beni, 26 incendies domestiques ont été signalés en l’espace de quatre mois.
Ces chiffres traduisent une urgence nationale : renforcer la prévention et moderniser les services d’incendie, quasiment à l’abandon depuis des décennies.
Le gouvernement a annoncé, en 2024, l’élaboration d’un plan multisectoriel pour mieux prévenir et maîtriser les incendies. Celui-ci prévoit notamment la réhabilitation du corps des sapeurs-pompiers et la création d’une direction nationale dédiée. Mais sur le terrain, ces réformes tardent à produire des effets visibles.
En attendant, des organisations de la société civile tentent de combler le vide à travers des campagnes de sensibilisation aux bons gestes de prévention. Des initiatives encore marginales, au regard de l’ampleur du défi.
Dans le quartier Talangai, la douleur reste vive. La maison familiale est partie en fumée, et avec elle, l’avenir de cinq jeunes garçons. Les voisins, accourus en vain pour tenter de maîtriser les flammes, témoignent d’une « scène insoutenable ».
Pour beaucoup d’habitants, ce drame vient rappeler l’urgence d’une prise de conscience collective : tant que les questions de prévention, de contrôle des installations électriques et de renforcement des secours resteront reléguées au second plan, Kinshasa et d’autres villes du pays continueront de payer un lourd tribut aux incendies domestiques.

