
C’est depuis les Pays-Bas, dans la ville portuaire de Rotterdam, qu’un projet de grande envergure pour la capitale congolaise a pris forme. Le gouvernement de la République Démocratique du Congo a paraphé un accord-cadre avec un consortium international baptisé « Prume Tramway RDC », composé des entreprises belges Frateur-De Pourcq et du géant chinois PowerChina.
L’ambition affichée est à la hauteur des défis de la mégapole : désengorger un centre-ville asphyxié et offrir une alternative fiable et rapide pour relier l’aéroport international de N’djili au cœur économique de la nation. Selon les termes de l’accord, le projet prévoit la construction de sept lignes modernes qui quadrilleront la ville. L’infrastructure comprendra également un impressionnant lot de 173 ponts et ouvrages d’art destinés à franchir les nombreuses rivières et zones inondables qui séparent le centre des quartiers périphériques.
Le modèle économique retenu est celui d’un Partenariat Public-Privé (PPP) , un montage financier complexe qui vise à attirer les investissements tout en répartissant les risques entre l’État congolais et les opérateurs privés. Pour mener à bien ce chantier titanesque, plus de 60 ingénieurs seront mobilisés dès les premières phases d’études et de terrassement.
Un projet « sur papier » séduisant, une population sceptique
Sur le papier, l’initiative a de quoi séduire. Elle promet de métamorphoser le visage de Kinshasa, de fluidifier le transport de millions de Kinois et de dynamiser l’activité économique le long de ce qui pourrait devenir une artère vitale.
Pourtant, dans les artères poussiéreuses de la capitale, l’annonce est accueillie avec une prudence teintée de lassitude. Ici, les embouteillages sont une épreuve quotidienne, et les promesses de grands travaux, une litanie connue.
« Cela fait des décennies qu’on nous parle de solutions miracles. D’abord les routes, puis le métro, maintenant le tramway. On nous montre de beaux papiers signés à l’étranger, mais nous, on veut voir les pelleteuses dans nos quartiers », soupçonne Joseph Makiese, conducteur de taxi qui passe plus de six heures par jour dans les embouteillages.
Ce scepticisme est largement partagé par la société civile et les observateurs. Au-delà de l’exploit technique que représente la construction de 173 ponts dans une ville à l’urbanisme souvent anarchique, les questions fusent : le financement en PPP est-il véritablement bouclé ? Les expropriations nécessaires au passage des rames seront-elles gérées sans heurts sociaux ? Et surtout, le calendrier, qui semble serré, pourra-t-il être tenu dans un contexte où les aléas politiques et logistiques sont monnaie courante ?
2027, l’échéance de vérité
Le gouvernement et le consortium, de leur côté, affichent une confiance inébranlable. La date du 27 novembre 2027 a été avancée comme un objectif ferme pour la mise en service des premières portions. Pour les autorités, ce tramway n’est pas qu’un simple moyen de transport ; il est le symbole d’une modernité longtemps attendue et la preuve que la RDC peut mener à bien des projets d’infrastructure complexes.
« C’est un tournant historique pour notre capitale. Nous ne construisons pas seulement un tramway, nous bâtissons l’ossature de la mobilité du futur pour des millions de Congolais », a déclaré un représentant du ministère des Infrastructures présent à Rotterdam.
Reste que la distance est grande entre le tapis vert d’une table de signature à Rotterdam et les rues défoncées de Kinshasa. Entre annonce politique et projet structurant, il n’y a qu’un pas, mais il est pavé d’obstacles. 2027 nous dira si cette signature marque l’acte de naissance d’une révolution urbaine… ou si elle vient grossir la liste des rêves ambitieux finalement enterrés sous la poussière kinoise.

