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 Le Prix Nobel de la Paix alerte sur l’échec des processus diplomatiques et réclame une approche centrée sur la justice et les droits du peuple congolais.

 Dans une déclaration ferme et documentée, le Dr Denis Mukwege, lauréat du Prix Nobel de la Paix, a vivement critiqué les processus de paix de Washington et de Doha, qu’il juge « illusoires » et contraires aux intérêts du peuple congolais. Selon lui, ces initiatives, loin de rétablir la légalité internationale dans la région des Grands Lacs, servent des intérêts étrangers et perpétuent des décennies de souffrance et d’injustice.

Dans des documents transmis à notre rédaction, le Dr Mukwege souligne que les Accords de Washington et de Doha offrent « l’illusion d’avancées diplomatiques », sans modifier la réalité vécue par des millions de Congolais déracinés, affamés et privés de leurs droits fondamentaux. Il dénonce une absence de mécanismes contraignants, de calendrier précis et de garanties de mise en œuvre, notamment dans l’Accord-cadre de Doha.

« Aucun agenda politique, qu’il soit national ou géostratégique, ne peut primer sur le droit du peuple congolais à la sécurité, à la justice et à la souveraineté », affirme-t-il.

Mukwege relève que ces processus souffrent d’un « profond déficit de participation, de transparence et d’inclusion ». Ils sont :

  • Bilatéraux, alors que la crise est régionale, impliquant directement l’Ouganda et le Burundi ;
  • Opaques, échappant au contrôle et à la compréhension des populations locales ;
  • Contraires au droit international, normalisant selon lui une agression armée plutôt que d’y mettre fin.

Il déplore également l’absence des victimes, des communautés locales et des véritables acteurs de paix dans ces négociations.

Le Dr Mukwege rappelle que la signature de l’Accord-cadre de Doha est intervenue alors que le Rwanda n’a pas retiré ses troupes du territoire congolais et continue de diriger les opérations du M23. Il dénonce une stratégie de « talk and fight » – parler et combattre – où les violations du cessez-le-feu se poursuivent malgré les annonces diplomatiques.

Il cite notamment le récent massacre de 22 personnes à Irhambi/Katana, dans la nuit du 23 au 24 novembre, perpétré par des « forces d’occupation illégitimes ». Un épisode s’inscrivant, selon lui, dans une longue série d’exactions commises dans les zones occupées.

Mukwege estime que la situation dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu s’apparente à une « annexion de fait » par le Rwanda, en violation de la Charte des Nations Unies et du droit des peuples à disposer de leurs richesses naturelles.

Il pointe également du doigt l’irresponsabilité du gouvernement congolais et l’ingérence d’acteurs économiques étrangers, attirés par les ressources minières, qui « accentuent la vulnérabilité du pays et alimentent les dynamiques de prédation ».

Pour Mukwege, une sortie de crise durable exige :

  • L’adoption de sanctions fortes par la communauté internationale ;
  • Le retrait des forces étrangères et le démantèlement des administrations parallèles ;
  • L’inclusion pleine des populations locales dans les initiatives de paix ;
  • Une approche fondée sur la vérité, la justice et la responsabilité.

« Il est temps que les Congolaises et les Congolais refusent d’être la variable d’ajustement de rivalités géopolitiques », conclut-il.

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