
Le procès de l’ex-chef rebelle congolais Roger Lumbala, jugé pour complicité de crimes contre l’humanité commis en République démocratique du Congo (RDC) au début des années 2000, connaît un tournant préoccupant après une série de manœuvres spectaculaires de l’accusé.
Accusé d’avoir participé à des exactions perpétrées lors de la Deuxième guerre du Congo, M. Lumbala a annoncé qu’il conteste désormais la légitimité et la compétence des juridictions françaises pour le juger. Dans une décision inattendue, il a également remercié toute son équipe de défense, refusé de se présenter à l’audience et entamé une grève de la faim.
◼ Un procès qui se poursuit malgré l’absence totale de la défense
Alors que l’ancien chef rebelle avait, dans un premier temps, coopéré avec les enquêteurs français, son revirement radical laisse la cour dans une situation délicate.
Malgré son absence, le procès suit son cours, conformément au droit français qui permet la tenue d’un procès même si l’accusé décide de ne pas comparaître.
Le président de la cour a précisé qu’un ancien avocat de M. Lumbala a été désigné d’office pour représenter ses intérêts. Mais ces derniers jours, le banc de la défense est resté désespérément vide :
- Aucune présence de l’accusé,
- Aucun avocat attitré,
- Aucune intervention pour contrecarrer l’avancée des débats.
Un geste que plusieurs observateurs décrivent comme une stratégie d’obstruction judiciaire.
◼ Une grève de la faim pour « protester » contre la procédure
M. Lumbala affirme que son refus de coopérer et sa grève de la faim sont des actes destinés à rejeter un procès qu’il juge illégitime.
Cependant, pour les organisations engagées dans ce dossier – TRIAL International, la Clooney Foundation for Justice, Minority Rights Group, Justice Plus et PAP-RDC –, ces manœuvres visent surtout à déstabiliser les survivants qui s’apprêtent à témoigner et à retarder un procès attendu depuis plus de deux décennies.
◼ Un procès rendu possible grâce à la compétence universelle
Roger Lumbala est jugé en France en vertu du principe de compétence universelle, un mécanisme juridique permettant aux États de poursuivre les auteurs de crimes internationaux graves, indépendamment du lieu où ils ont été commis ou de la nationalité des victimes.
La présence de M. Lumbala sur le territoire français, ainsi que la gravité des crimes allégués, remplissent les conditions pour que la France ouvre une procédure.
Ce principe est souvent invoqué lorsque les juridictions nationales des pays concernés ne sont pas en mesure – ou ne souhaitent pas – poursuivre de tels crimes.
◼ Un vide judiciaire en RDC depuis plus de vingt ans
Malgré la gravité et l’ampleur des exactions commises durant la Deuxième guerre du Congo (1998–2003) – un conflit ayant fait plus d’un million de morts –, aucun crime de cette période n’a encore été jugé en RDC.
Cette absence totale de poursuites a laissé les survivants sans recours judiciaire, malgré une documentation abondante et des décennies de plaidoyers menés par les ONG.
Le procès de Paris représente donc une étape majeure dans la lutte contre l’impunité, offrant une possibilité de justice dans un dossier longtemps considéré comme enterré.
◼ Un moment déterminant pour la justice internationale
À travers ce procès, la France démontre la portée de la compétence universelle comme ultime voie de justice lorsque les États concernés n’engagent pas de poursuites.
Pour les victimes, c’est l’espoir que, plus de vingt ans après les faits, des responsabilités soient enfin établies. Pour les défenseurs des droits humains, c’est un rappel :
la justice internationale ne remplace pas la justice nationale, mais elle peut combler ses défaillances.
Malgré les tentatives d’obstruction de M. Lumbala, le procès se poursuit. Et pour la première fois, un acteur majeur de la guerre qui a ravagé la RDC pourrait être directement confronté à la justice, même en son absence.



