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 Martin Fayulu réitère son appel à un dialogue national inclusif sous médiation religieuse

L’opposant Martin Fayulu, leader de la coalition Lamuka, maintient la pression en faveur d’un dialogue national en République démocratique du Congo. Lors de récentes déclarations et rencontres, il a précisé les contours de sa vision : un processus inclusif, piloté par les confessions religieuses et précédé d’une commission “Vérité et Réconciliation”.

Alors que les discussions sur l’organisation éventuelle d’un dialogue national s’intensifient à Kinshasa, le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a reçu la visite de l’opposant Martin Fayulu. Une rencontre discrète mais lourde de sens, qui intervient dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires persistantes.

“Une nécessité vitale pour la survie de la nation”

Pour Martin Fayulu, le constat est sans appel : la RDC traverse une crise multidimensionnelle qui exige une réponse exceptionnelle. “Face à la dégradation sécuritaire à l’Est, aux tensions politiques et à la défiance croissante des citoyens, le dialogue national inclusif n’est pas une option, mais une nécessité vitale pour la survie de la nation”, a-t-il déclaré à l’issue de l’entretien.

Le leader de Lamuka exhorte le président Félix Tshisekedi à convoquer ces assises sans délai, estimant que “refuser ce dialogue, c’est prolonger la nation dans la crise”. Une position constante qu’il martèle depuis plusieurs mois, y compris lors de ses déplacements à l’international.

La médiation religieuse comme gage de crédibilité

Au cœur de la proposition de Martin Fayulu : le rôle central des confessions religieuses. Il appelle le chef de l’État à “s’appuyer sur l’initiative CENCO-ECC” (Conférence épiscopale nationale du Congo et Église du Christ au Congo) pour piloter le processus.

“Les Églises sont les seules institutions qui bénéficient encore de la confiance transversale de l’opposition, de la société civile et de la population”, argue-t-il. Cette exigence de neutralité constitue une ligne rouge pour l’opposant, qui voit dans une médiation religieuse le seul gage de crédibilité et d’impartialité des échanges.

Cette position a été réaffirmée lors de sa rencontre avec le président Tshisekedi en marge du National Prayer Breakfast à Washington en février 2026, un face-à-face rare entre les deux principaux rivaux politiques.

L’inclusivité maximale, condition de légitimité

Au-delà de la médiation, Fayulu insiste sur l’inclusivité comme condition sine qua non. Le dialogue ne doit pas se résumer à une “simple formalité politique entre quelques acteurs”, mais doit réunir “toutes les parties prenantes politiques et sociales de la RDC”.

Il n’exclut aucune couche de la société : opposition bien sûr, mais aussi société civile, mouvements citoyens, forces vives, communautés rurales, déplacés internes et même la diaspora. Récemment, il a lancé un appel à la jeunesse, la “Génération Z”, pour qu’elle se mobilise et exige sa place dans ce processus, afin de ne pas laisser “confisquer ses rêves”.

Cette vision large entre en tension avec les “lignes rouges” posées par le pouvoir, qui souhaite un dialogue encadré par les institutions, se tenant sur le sol national et excluant certains acteurs considérés comme des ennemis de la République.

Un soutien à la commission “Vérité et Réconciliation”

Dans un développement récent, Martin Fayulu a accueilli favorablement une initiative complémentaire. Le 18 février 2026, lors d’une rencontre avec Mgr Dodo Kamba, président du Conseil interreligieux du Congo (CIC), il a marqué son soutien à l’idée de créer au préalable une commission “Vérité et Réconciliation”.

Selon l’archevêque, Fayulu a partagé “certains éléments à prendre en compte” et a fait preuve d’un “patriotisme” qui a enrichi le projet, avant d’emporter des documents pour étude approfondie. Cette commission est envisagée comme un cadre de justice transitionnelle, une étape préalable jugée nécessaire pour panser les plaies du passé avant d’entamer les discussions proprement politiques.

Les objectifs du dialogue selon Lamuka

Pour le porte-parole de Fayulu, Prince Epenge, le dialogue doit poursuivre des objectifs clairs et mesurables :

  1. Trouver une solution durable à la crise sécuritaire ;
  2. Réunifier le pays et restaurer la cohésion nationale ;
  3. Pacifier les relations entre les différentes communautés ;
  4. Opérer les réformes électorales nécessaires pour garantir la transparence et la crédibilité des échéances à venir.

Sur le plan international, l’opposant exige également l’application stricte de la résolution 2773 des Nations unies et une condamnation claire du Rwanda, qu’il accuse d’agression contre la RDC. “Le Congo ne demande pas la charité, mais exige la justice, le respect de sa souveraineté et le droit de vivre en paix”, a-t-il martelé.

Une position ferme mais ouverte au dialogue

La rencontre de Washington avec Félix Tshisekedi a marqué une étape symbolique importante. Sur les réseaux sociaux, Martin Fayulu a posté un message volontairement apaisé : “Vive le Dialogue National Inclusif” .

Si le ton semble plus conciliant qu’à certaines périodes, les conditions de fond posées par l’opposant (médiation religieuse, inclusivité maximale, préalable de justice transitionnelle) restent exigeantes. Elles dessinent un processus long et complexe, à rebours de la vision plus resserrée portée par la majorité présidentielle.

L’issue des consultations en cours dira si ces positions antagonistes peuvent se rejoindre autour d’une formule de consensus. Une certitude demeure : le débat sur le dialogue national est désormais lancé, et Martin Fayulu entend bien en être un acteur central.

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