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Mukwege dénonce : “Le viol, une stratégie de guerre pour contrôler nos minerais”

Le docteur Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, a vivement réagi à la projection du film « Muganga », organisée à Kinshasa par le collectif Pona Congo. Fidèle à son combat pour la dignité et la justice des victimes de violences sexuelles, le célèbre gynécologue a salué une œuvre qu’il qualifie de « miroir douloureux de notre société », tout en lançant un appel pressant à la conscience nationale et internationale.

Pour le médecin-directeur de l’hôpital de Panzi, ce film n’est pas une simple production cinématographique, mais un témoignage fort sur l’une des plus grandes tragédies humaines contemporaines : l’utilisation du viol comme arme de guerre. « Ce film raconte notre douleur collective. Il met des visages sur ce que beaucoup refusent encore de voir : le viol n’est pas un accident de guerre, c’est une stratégie de destruction systématique de la femme, de la famille et de la nation congolaise », a-t-il déclaré devant un public ému.

Denis Mukwege a rappelé que ces violences, loin d’être isolées, s’inscrivent dans un contexte géopolitique marqué par la convoitise internationale autour des ressources naturelles du Congo. « Chaque téléphone portable, chaque batterie électrique, chaque gadget technologique que nous utilisons porte une part du sang de la population congolaise. Derrière ces objets du quotidien, il y a la souffrance d’un peuple sacrifié sur l’autel de la cupidité mondiale », a-t-il dénoncé.

Le lauréat du prix Nobel a également pointé du doigt l’indifférence de la communauté internationale, qu’il accuse d’appliquer une politique de deux poids, deux mesures. « On ne peut pas défendre les droits humains en Ukraine ou au Moyen-Orient et fermer les yeux sur les crimes qui se commettent chaque jour au Congo. La vie d’un enfant de Bukavu ou de Beni vaut autant que celle d’un enfant de Kiev ou de Gaza », a-t-il lancé.

Pour Denis Mukwege, la situation actuelle dans l’Est du pays n’est pas une guerre ethnique, mais une guerre économique et d’occupation. Selon lui, les violences sexuelles y sont utilisées comme outil de domination et d’exploitation. « Le viol sert à terroriser, à détruire, à déplacer les populations pour mieux contrôler les zones minières. C’est une arme redoutable au service d’intérêts étrangers », a-t-il expliqué.

Le « réparateur des femmes » a enfin appelé le peuple congolais à l’unité et à la résistance. « Nous devons dépasser les clivages politiques et tribaux. Notre maison commune brûle. Il est temps de nous lever ensemble pour défendre notre dignité et exiger que le monde reconnaisse enfin notre souffrance. Trop, c’est trop. »

À la fin de son intervention, le public présent a longuement applaudi le docteur Mukwege, dont les mots ont résonné comme un appel à la révolte pacifique et à la prise de conscience collective. Le film « Muganga », en dénonçant la banalisation de la violence et le silence du monde, s’impose désormais comme un symbole de mémoire et de résistance.

Par Coco Kingson Cabamba

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