
Le Dr Denis Mukwege, Prix Nobel de la Paix et figure morale majeure de la République démocratique du Congo (RDC), a livré une position ferme et sans équivoque sur la crise sécuritaire persistante dans l’Est du pays. À contre-courant de plusieurs initiatives politiques prônant un dialogue intercongolais immédiat, le célèbre gynécologue congolais estime que le dialogue, dans le contexte actuel, n’est ni opportun ni crédible tant que l’agression armée contre la RDC se poursuit.
Le dialogue intercongolais jugé inadapté à la crise actuelle
Pour le Dr Mukwege, la crise que traverse la RDC ne relève pas prioritairement d’un déficit de concertation interne, mais d’une guerre d’agression caractérisée, alimentée par des forces étrangères et leurs supplétifs armés. Dans ces conditions, initier un dialogue intercongolais reviendrait, selon lui, à confondre victimes et agresseurs, tout en affaiblissant la position de l’État congolais.
« Le dialogue intercongolais n’est pas la solution à la crise actuelle », martèle-t-il, soulignant que toute tentative de négociation politique sous la pression des armes est vouée à l’échec et risque de légitimer la violence.
Priorité absolue : gagner la guerre et restaurer la souveraineté nationale
Le Prix Nobel de la Paix insiste sur un préalable non négociable : la victoire militaire contre les forces agresseuses et la restauration complète de l’intégrité territoriale de la RDC. Pour lui, la souveraineté nationale ne peut être discutée ni fragmentée, encore moins négociée sous la contrainte.
Le Dr Mukwege appelle ainsi les autorités congolaises à mobiliser toutes les ressources nécessaires — diplomatiques, militaires et institutionnelles — afin de mettre un terme définitif à l’occupation de certaines portions du territoire national.
« Il faut d’abord gagner la guerre et restaurer l’intégrité territoriale et la souveraineté de la RDC », affirme-t-il avec gravité.
Un dialogue entre Congolais, libre de toute influence étrangère
Ce n’est qu’après la fin de la guerre d’agression que le Dr Mukwege envisage un dialogue national, exclusivement entre Congolais, et surtout à l’abri de toute influence extérieure, notamment celle du Rwanda, régulièrement accusé par Kinshasa de soutenir les groupes armés actifs dans l’Est du pays.
Selon lui, un tel dialogue post-conflit permettrait aux Congolais de débattre sereinement de l’avenir du pays, de ses réformes institutionnelles et de son projet de société, dans un climat de paix et de dignité retrouvée.
« Une fois la guerre gagnée, les Congolais se réuniront entre eux pour dialoguer et déterminer le chemin à suivre pour le futur », soutient-il.
Pas de dialogue avec les auteurs de crimes : la justice comme impératif
Fidèle à son combat de longue date contre l’impunité, le Dr Mukwege se montre catégorique sur la question de la justice. Il rejette toute idée de négociation avec des acteurs impliqués dans des crimes graves, notamment les massacres de civils, les viols de masse et autres violations des droits humains.
« On ne peut pas dialoguer avec ceux qui ont versé le sang des Congolais », tranche-t-il.
Pour le médecin de Panzi, toute personne ayant du sang sur les mains doit impérativement répondre de ses actes devant la justice, nationale ou internationale. Il considère que la paix durable en RDC passe nécessairement par la fin de l’impunité et la reconnaissance des droits des victimes.
Une position qui relance le débat national
La prise de position du Dr Denis Mukwege relance avec force le débat sur les mécanismes de sortie de crise en RDC. Entre partisans du dialogue immédiat et défenseurs d’une approche fondée d’abord sur la victoire militaire et la justice, le pays se trouve à un tournant décisif de son histoire sécuritaire et politique.
Dans un contexte régional tendu, la voix du Prix Nobel de la Paix résonne comme un rappel : sans souveraineté, sans justice et sans vérité, aucun dialogue ne peut produire une paix durable.



