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Polémique au Rwanda : “Les Congolais et Burundais doivent nettoyer nos latrines” déclare un proche du pouvoir

Une déclaration controversée de l’homme d’affaires rwandais Sadate Munyakazi, prononcée lors d’une récente réunion du parti au pouvoir, le FPR-Inkotanyi, à Kigali, suscite une vive polémique dans la région des Grands Lacs. Selon plusieurs sources, M. Munyakazi aurait affirmé que « le temps est arrivé où les Congolais et les Burundais doivent effectuer des travaux de nettoyage, tels que balayer les routes et nettoyer les latrines, pour les Tutsis ».

Ces propos, perçus comme profondément dégradants et discriminatoires, ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, attisant les tensions déjà vives entre le Rwanda et ses voisins, notamment la République démocratique du Congo (RDC) et le Burundi.

Réactions officielles et pression en ligne

La polémique a pris une nouvelle tournante lorsque le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier J.P. Nduhungirehe, est intervenu directement sur la plateforme X (anciennement Twitter). S’adressant au journaliste Oswald Oswakim de Radio TV10, qui avait largement relayé les déclarations de Sadate Munyakazi, le ministre a ordonné :
« Please delete! Ujye umenya ko uri umumyamakuru ukurikirwa na benshi! »
(« Supprimez, s’il vous plaît ! Souvenez-vous que vous êtes un journaliste suivi par beaucoup ! »)

Cette intervention directe d’un haut responsable gouvernemental a attiré l’attention sur le rôle des médias et la liberté d’expression dans le contexte politique rwandais. Elle soulève également des questions sur la gestion des discours sensibles par les autorités.

Position du journaliste Oswald Oswakim

En réponse à cette injonction, Oswald Oswakim a maintenu sa position, estimant que le message de Sadate Munyakazi méritait d’être porté à l’attention du public. Dans un tweet, il s’est interrogé :
« Ubu butumwa bwa @SadateMunyakazi ko nta nabi numvisemo abamuteye amabuye babitewe n’iki? »
(« Ce message de Sadate Munyakazi, je n’y vois rien de mal. Pourquoi ceux qui lui jettent des pierres le font-ils ? »)

Il a en outre comparé la situation à celle du Qatar, où, selon lui, il est difficile de trouver des nationaux pour certains métiers manuels, souvent exercés par des travailleurs étrangers. Une analogie qui n’a fait qu’alimenter le débat.

Contexte régional et enjeux politiques

Les déclarations de Sadate Munyakazi interviennent dans un contexte régional déjà marqué par des accusations récurrentes de Kigali à l’encontre de ses voisins, et inversement. La RDC et le Burundi ont à plusieurs reprises dénoncé ce qu’ils perçoivent comme une attitude hégémonique du Rwanda, ainsi que des ingérences dans leurs affaires internes.

La tenue de tels propos par un membre influent de la communauté économique rwandaise, dans l’enceinte même du parti au pouvoir, ne manque pas d’interroger sur la ligne officielle de Kigali en matière de relations internationales et de discours public.

Analyse et perspectives

Si le gouvernement rwandais n’a pas officiellement commenté le fond des déclarations de M. Munyakazi, l’intervention rapide du ministre des Affaires étrangères pour contenir leur diffusion en ligne semble indiquer une volonté de contrôler les retombées négatives potentielles.

Cependant, cette affaire risque d’alimenter les perceptions négatives et les griefs historiques entre les pays de la région. Elle met également en lumière le rôle ambivalent des réseaux sociaux, à la fois caisse de résonance des discours polémiques et outil de régulation par les autorités.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement rwandais, qui devra peut-être se positionner plus clairement pour apaiser les esprits, tant en interne que dans ses relations diplomatiques avec le Burundi et la RDC.

Par Coco Kingson Cabamba

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