
La tension politique et diplomatique entre Paul Kagame et les autorités congolaises franchit un nouveau palier. En cause : les récentes déclarations du chef de l’État rwandais établissant un lien entre Joseph Kabila et la rébellion du M23, des propos immédiatement rejetés par Kinshasa.
Une guerre de récits autour du M23
Dans une interview accordée à Jeune Afrique, Paul Kagame a évoqué l’existence d’un « mouvement congolais auquel est associé l’ancien président Joseph Kabila », relançant ainsi les accusations de collusion entre des acteurs politiques congolais et la rébellion active dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Ces déclarations entrent en contradiction directe avec celles de Joseph Kabila qui, dans un entretien au New York Times, a qualifié de « stupidité » toute tentative de lier son nom au M23.
La riposte virulente du gouvernement congolais
La réaction de Kinshasa ne s’est pas fait attendre. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a livré une réponse au ton particulièrement incisif, utilisant une métaphore familiale pour dénoncer ce qu’il considère comme une stratégie de désinformation.
« Le père, Paul Kagame, parle de ses deux fils. Le fils aîné, Joseph Kabila, renie toute filiation. Est-ce que le père peut se tromper ? », a-t-il ironisé, avant d’accuser l’ancien président congolais de fuir ses responsabilités.
Dans cette sortie médiatique, Patrick Muyaya va plus loin, évoquant une « proximité », une « complicité » et même une « filiation » entre Joseph Kabila et le M23. Il appelle ce dernier à « assumer pleinement et sans retenue sa part de responsabilité dans les crimes […] commis depuis le début de cette agression ».
Kinshasa dénonce une “congolisation” du conflit
Au cœur de la réaction gouvernementale figure une accusation centrale : celle d’une tentative de Kigali de « congoliser » le conflit, c’est-à-dire de le présenter comme une crise interne à la RDC.
Pour les autorités congolaises, cette stratégie vise à masquer ce qu’elles qualifient d’« agression rwandaise mondialement reconnue ». Une position régulièrement soutenue par plusieurs rapports internationaux pointant l’implication du Rwanda dans l’instabilité sécuritaire à l’Est du pays.
« Le verbiage familial ne pourra nullement altérer la vérité et les faits largement documentés », a insisté Patrick Muyaya, rejetant toute tentative de brouiller les responsabilités.
Une escalade verbale aux conséquences diplomatiques
Cette nouvelle passe d’armes intervient dans un contexte déjà marqué par une forte dégradation des relations entre Kinshasa et Kigali. Les accusations croisées, désormais publiques et personnalisées, risquent d’accentuer davantage les tensions régionales.
Au-delà des déclarations, cette confrontation médiatique révèle une bataille stratégique pour le contrôle du narratif autour du conflit dans l’Est de la RDC, où la question du rôle des acteurs locaux et étrangers reste au cœur des enjeux politiques et sécuritaires.
La sortie de Patrick Muyaya, à la fois politique et symbolique, illustre la volonté du gouvernement congolais de contrer frontalement les propos de Paul Kagame. Mais elle témoigne aussi d’une radicalisation du discours officiel, dans un conflit où la guerre des mots devient désormais aussi déterminante que celle sur le terrain.
Par ; Coco Kingson Cabamba



