
Alors que le procès emblématique du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo entre dans une phase décisive, les réactions continuent de se multiplier sur la scène politique congolaise. Dans une prise de position ferme et argumentée, Jean Thierry Monsenepwo, ambassadeur PCA et cadre de l’Union sacrée, a livré une lecture sans concession du dossier, dénonçant ce qu’il qualifie de « fuite en avant » de l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo.
Pour Thierry Monsenepwo, le débat doit être recentré sur l’essentiel : les faits.
« Un procès de gestion, pas un procès politique »
D’entrée de jeu, l’ambassadeur PCA balaie la thèse d’un acharnement politique contre Matata Ponyo. Selon lui, l’ancien chef du gouvernement n’est ni jugé pour ses idées, ni pour son opposition, encore moins pour une quelconque posture politique.
« Le procès Bukanga Lonzo n’est pas un procès politique. C’est un procès de gestion. Un procès de responsabilité. Un procès de vérité », insiste-t-il.
Il dénonce une stratégie de communication qu’il juge dangereuse : celle de la victimisation, visant à présenter Matata Ponyo comme un opposant persécuté par le pouvoir en place. Une posture qui, selon lui, « insulte l’intelligence des Congolais » et détourne l’attention des responsabilités réelles.
Bukanga Lonzo : des promesses aux ruines
Thierry Monsenepwo revient longuement sur la genèse du parc agro-industriel de Bukanga Lonzo, présenté à l’époque comme un projet structurant capable de transformer l’agriculture congolaise et d’éradiquer la faim dans l’ouest du pays.
Des milliards de dollars mobilisés, une communication institutionnelle massive, des ambitions affichées à l’échelle nationale : tout laissait croire à un tournant historique.
Mais, selon l’ambassadeur PCA, le constat final est sans appel :
– un parc à l’abandon,
– des infrastructures non fonctionnelles,
– un gouffre financier,
– et des populations restées dans la précarité.
« Il ne s’agit pas de chiffres abstraits, mais de l’argent du peuple congolais, dilapidé pendant que des familles continuaient à avoir faim », martèle-t-il.
Le rappel du contexte politique post-2019
Pour étayer son argumentaire, Thierry Monsenepwo rappelle le contexte politique ayant suivi l’accession de Félix Tshisekedi à la présidence de la République. Loin de toute logique de règlement de comptes, le chef de l’État avait privilégié l’apaisement à travers la coalition FCC-CACH, avec à la tête du gouvernement Sylvestre Ilunga Ilunkamba.
À cette période, Matata Ponyo, cadre influent du PPRD, n’était ni inquiété ni marginalisé politiquement. Son nom circulait même pour un éventuel retour à la Primature.
Le tournant intervient lors de la visite du Premier ministre Ilunga Ilunkamba à Bukanga Lonzo. Face à l’état de délabrement du site, un mot lâché publiquement résume la situation :
« Le gâchis ».
Une déclaration qui, selon Monsenepwo, brise toute perspective de réhabilitation politique de l’ancien Premier ministre.
L’audit de l’IGF : une boîte de Pandore ouverte par Matata lui-même
Autre élément central du récit : la demande d’audit adressée par Matata Ponyo lui-même à l’Inspection générale des finances (IGF). Une initiative qu’il pensait, selon Thierry Monsenepwo, susceptible de laver son honneur, mais qui a finalement conduit à l’explosion du scandale.
Sous la direction de Jules Alingete, l’IGF met en évidence de graves irrégularités :
- violations des procédures de passation des marchés publics,
- écarts de prix injustifiés,
- paiements effectués sans livraisons correspondantes,
- absence de traçabilité financière.
Pour l’ambassadeur PCA, ces éléments traduisent « une gestion calamiteuse » et une « faillite morale ».
Il rappelle également que Matata Ponyo cumulait à l’époque les fonctions de Premier ministre et de ministre des Finances, ce qui engage directement sa responsabilité politique et administrative.
La politisation du dossier et la ligne rouge franchie
Face à la judiciarisation du dossier, Thierry Monsenepwo accuse Matata Ponyo d’avoir changé de stratégie : création d’un nouveau parti politique, déclaration anticipée de candidature à la présidentielle, et discours de persécution.
Objectif, selon lui : transformer un dossier judiciaire en combat politique et se construire une immunité par l’opinion.
Plus grave encore, il dénonce la tribalisation de la justice, lorsque l’ancien Premier ministre met en cause l’origine des juges chargés de son dossier.
« C’est indigne d’un ancien Premier ministre et dangereux pour la cohésion nationale », tranche-t-il, rappelant que ces mêmes institutions judiciaires avaient auparavant validé ses candidatures et mandats.
Mise au point sur l’Union sacrée
Se présentant comme membre de l’Union sacrée, Thierry Monsenepwo réfute catégoriquement toute accusation de pressions ou de menaces exercées pour forcer des adhésions politiques.
« Jamais le Président de la République, jamais l’Union sacrée ni ses instances n’ont menacé qui que ce soit. C’est totalement faux », affirme-t-il.
« Le passé rattrape Matata »
En conclusion, Thierry Monsenepwo estime que la situation actuelle de Matata Ponyo n’est ni le fruit de son opposition politique ni d’un complot, mais la conséquence directe de sa gestion passée.
« Il n’a pas été rejeté parce qu’il était opposant. Il a été écarté parce que son passé le rattrape », conclut-il, appelant à laisser la justice faire son travail.
Un message clair : au-delà des discours et des postures, le peuple congolais attend des comptes, pas des larmes de circonstance.



