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Processus de paix en péril : un rapport accablant sur l’application de l’accord RDC–Rwanda

Cinq mois après la signature de l’Accord de Paix de Washington entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, un rapport d’évaluation transmis à VictoriaNews met en lumière de graves lenteurs, des blocages persistants et une exécution inégale des engagements pris par les deux pays. Le document, daté de novembre 2025, témoigne d’un processus de mise en œuvre « fragile, partiel et insuffisant » malgré un contexte sécuritaire toujours tendu dans la région des Grands Lacs.

Un taux global de réalisation inférieur à 25%

Selon le rapport, sur les 30 tâches identifiées dans l’Accord, seules 19 ont connu un début d’exécution, portant le taux global de mise en œuvre à 23,3 %, soit 70 points sur 300.
Même en prenant en compte les tâches partiellement exécutées, le taux ne dépasse pas 36,8 %, marquant un recul par rapport aux évaluations précédentes réalisées en août et octobre 2025.

Les responsabilités sont réparties comme suit :

  • 26 tâches confiées à la RDC, dont 16 seulement ont connu une exécution partielle (22,1 %) ;
  • 22 tâches attribuées au Rwanda, dont 13 en exécution partielle (22,7 %) ;
  • 7 tâches réservées à la communauté internationale, toutes en exécution partielle (39,2 %).

Neutralisation des FDLR : un blocage persistant

L’un des constats les plus préoccupants du rapport concerne la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), point central de l’Accord.

Les faits relevés dans le rapport :

  • Le calendrier conjoint RDC–Rwanda, qui prévoyait la neutralisation des FDLR entre le 1ᵉʳ et le 30 octobre 2025, n’a pas été exécuté.
  • Bien que les FARDC aient lancé une campagne de sensibilisation pour encourager les combattants FDLR à déposer les armes, les autorités rwandaises posent comme condition le retrait préalable des FDLR du territoire congolais avant toute levée de leurs mesures défensives.
  • Kigali refuse de modifier son dispositif défensif tant que la neutralisation des rebelles rwandais ne sera pas effective, entraînant un blocage bilatéral persistant.

Reprise des affrontements entre FARDC et AFC/M23

Le rapport confirme également que les hostilités entre les FARDC et la rébellion AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon Kinshasa, se sont poursuivies, malgré la signature de l’accord-cadre entre les deux parties le 15 novembre 2025 au Qatar.

Cette reprise des combats constitue une violation majeure de l’esprit de l’Accord de Washington et complique davantage la situation humanitaire et sécuritaire dans l’Est du Congo.

Aide humanitaire : un blocage lourd de conséquences

Le document déplore aussi l’absence d’accords concernant l’acheminement de l’aide humanitaire dans les zones de conflit.
Un exemple cité :

  • la non-réouverture de l’aéroport de Goma, pourtant sollicitée pour faciliter l’arrivée de secours aux populations vulnérables.

Ces entraves surviennent alors que les besoins humanitaires ne cessent d’augmenter dans les provinces affectées.

Dysfonctionnements des mécanismes de suivi (JOC et JSCM)

Le rapport pointe également des faiblesses institutionnelles :

  • Les rapports mensuels du JOC (Comité conjoint chargé de traiter les plaintes et conflits liés à l’Accord) sont jugés brefs et insuffisants.
  • Les rapports du JSCM (Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité), en charge du suivi de la neutralisation des FDLR, sont décrits comme laconiques et incomplets.

Ces lacunes ne permettent pas de refléter fidèlement les réalités opérationnelles sur le terrain.

Des avancées certes réelles, mais insuffisantes

Le rapport relève toutefois quelques avancées positives enregistrées entre le 1ᵉʳ et le 30 novembre 2025 :

  • Signature du Cadre d’Intégration Économique Régionale, démontrant une volonté de coopérer au-delà du volet sécuritaire.
  • Signature de l’accord-cadre entre Kinshasa et l’AFC/M23 au Qatar, destiné à relancer le dialogue.
  • Fonctionnement continu du JSCM et du JOC, consolidant un minimum de coordination institutionnelle.

Cependant, ces progrès restent largement éclipsés par les retards constatés sur les points prioritaires.

Un risque réel de stagnation durable du processus de paix

Au regard des conclusions, le rapport avertit d’un risque sérieux de paralysie du processus de paix, si les mesures urgentes — en particulier la neutralisation des FDLR et la levée des mesures défensives rwandaises — ne sont pas appliquées.

Le document appelle à :

  • une implication renforcée de la communauté internationale,
  • une coordination plus rigoureuse des organes mixtes RDC–Rwanda,
  • et une volonté politique réelle des deux gouvernements pour surmonter les blocages.

Le rapport sur la mise en œuvre de l’Accord de Paix de Washington révèle un tableau mitigé, marqué par une stagnation préoccupante, une méfiance persistante entre la RDC et le Rwanda, et une aggravation des défis humanitaires et sécuritaires.
Sans accélération significative des engagements pris, la paix durable espérée par cet accord historique pourrait rester hors de portée.

VictoriaNews continuera de suivre de près l’évolution de ce dossier majeur pour la stabilité régionale.

Par Coco Kingson Cabamba

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