
Un coup de tonnerre politique à Kinshasa. Après plusieurs mois de silence et une condamnation à mort par contumace pour trahison et crimes de guerre prononcée par la Haute Cour militaire, Joseph Kabila refait surface sur la scène politique nationale. L’ancien chef de l’État congolais, que beaucoup pensaient définitivement retiré, a convoqué une importante réunion politique ce mardi 14 octobre à Nairobi (Kenya), réunissant plusieurs figures de l’opposition.
Un retour stratégique dans un contexte explosif
Selon des sources proches du dossier, relayées par Jeune Afrique, l’objectif de cette rencontre serait clair : rebâtir un front politique unifié contre le président Félix Tshisekedi. Cette initiative intervient dans un climat diplomatique et sécuritaire tendu, alors que Kinshasa s’apprête à reprendre, à Doha, les négociations avec les rebelles du M23-AFC, un dossier hautement sensible qui exacerbe les tensions internes et régionales.
Le choix de ce timing interroge. En pleine recomposition du paysage politique congolais, Joseph Kabila semble vouloir reprendre la main et se positionner comme figure fédératrice d’une opposition en quête d’un second souffle.
Des alliances inattendues autour de l’ex-président
La liste des invités illustre la portée de cette initiative. Parmi eux, Matata Ponyo Mapon, ancien Premier ministre aujourd’hui en exil ; Seth Kikuni, candidat malheureux à la présidentielle de 2023 ; mais aussi plusieurs anciens piliers du Front Commun pour le Congo (FCC) : Néhémie Mwilanya, Raymond Tshibanda, José Makila ou encore Richard Muyej.
Cette diversité de profils traduit la volonté de Kabila de dépasser ses anciens cercles d’influence pour bâtir une large coalition politique, susceptible de rivaliser avec le camp présidentiel. En réunissant à la fois d’anciens proches et de nouvelles figures de l’opposition, l’ancien chef de l’État tente un pari risqué : rassembler des forces longtemps divisées par des rivalités politiques ou personnelles.
Une opposition divisée et prudente
Mais cette main tendue n’a pas séduit tout le monde. Plusieurs poids lourds de l’opposition ont choisi de prendre leurs distances.
- Moïse Katumbi, leader d’Ensemble pour la République, a décliné l’invitation, jugeant la démarche « inopportune ».
- Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont eux aussi décidé de ne pas participer.
- Quant à Martin Fayulu, il affirme ne pas avoir été contacté.
Ces refus témoignent d’une méfiance persistante à l’égard de Joseph Kabila, encore associé, dans l’opinion publique comme dans certains milieux politiques, à un système de gouvernance jugé opaque et autoritaire.
Un pari politique à haut risque
En dépit des absences notables, cette initiative marque le retour d’un acteur majeur dans le jeu politique congolais. Joseph Kabila, dont l’ombre n’a jamais totalement disparu depuis son départ du pouvoir en 2019, semble déterminé à peser de nouveau sur les équilibres nationaux.
Reste à savoir si cette tentative de réunification de l’opposition pourra réellement se concrétiser. Entre ambitions personnelles, divergences stratégiques et fractures idéologiques, la tâche s’annonce ardue. Mais une chose est certaine : le retour de Kabila redistribue les cartes et relance les spéculations sur l’avenir politique de la République démocratique du Congo.
Par Coco Kingson Cabamba



