
La récente main tendue du président Félix Tshisekedi à son homologue rwandais Paul Kagame, lors du Global Gateway Forum à Bruxelles, continue de susciter de vifs débats à Kinshasa et dans les milieux diplomatiques.
Parmi les voix les plus audibles figure celle d’Eugène Diomi Ndongala, homme politique congolais et observateur attentif des dynamiques régionales, qui a livré une analyse nuancée : un mélange de soutien au geste présidentiel et de mise en garde contre ses implications géopolitiques.
Un geste courageux mais mal calibré
Dans une tribune publiée ce vendredi et intitulée « La paix des braves », Eugène Diomi Ndongala reconnaît le courage du chef de l’État congolais, qu’il décrit comme un homme « qui ose parler de paix là où tout le monde ne jure que par les armes ».
Cependant, il nuance son appréciation :
« Ce geste, certes noble, intervient dans un cadre inapproprié. Une main tendue prononcée dans un forum économique international, devant un auditoire étranger, trahit une improvisation diplomatique qui peut affaiblir la position congolaise face à Kigali. »
Pour lui, la paix ne se quémande pas sur la scène médiatique, mais se construit par une stratégie claire et discrète.
Les pressions internationales en toile de fond
Eugène Diomi Ndongala va plus loin en expliquant les soubassements de ce discours. Selon lui, le président Tshisekedi subit de fortes pressions des chancelleries occidentales — notamment de Washington, Bruxelles et Paris — pour accélérer un processus de paix enlisé depuis des mois.
« Les Américains et les Européens veulent stabiliser la région pour sécuriser l’accès aux minerais stratégiques congolais. C’est dans ce contexte que cette ‘main tendue’ doit être lue : un geste plus géopolitique que purement patriotique », soutient-il.
Cette lecture révèle une tension entre souveraineté nationale et influence internationale, où Kinshasa cherche encore son équilibre entre indépendance diplomatique et alliances tactiques.
Une riposte rwandaise prévisible
La réaction du Rwanda n’a pas tardé : Paul Kagame a ridiculisé le propos du président congolais, le qualifiant de « tonneau vide », tandis que son ministre Olivier Nduhungirehe a parlé de « comédie politique ».
Pour Eugène Diomi Ndongala, cette réponse « cinglante mais prévisible » montre que Kigali n’est pas prêt à désarmer sa rhétorique agressive.
« Kagame n’acceptera jamais une paix dictée par la pression morale. Il ne recule que devant un rapport de force politique et militaire clair. »
Il rappelle que le Rwanda s’appuie sur une diplomatie proactive, bien huilée et soutenue par des réseaux puissants, alors que la RDC peine encore à structurer sa communication internationale.
Une diplomatie congolaise à refonder
Diomi Ndongala invite le gouvernement congolais à tirer les leçons de cet épisode.
« Nous devons réapprendre à négocier avec force et cohérence. La diplomatie, ce n’est pas l’improvisation. C’est une architecture de conviction, de stratégie et de patience. »
Selon lui, la RDC doit bâtir une diplomatie de puissance, axée sur la souveraineté, la cohésion interne et le réalisme.
« Tant que nous serons divisés à l’intérieur, aucune paix extérieure ne tiendra », martèle-t-il.
L’appel à l’espoir et à la résilience nationale
Malgré la complexité du dossier, Eugène Diomi Ndongala veut croire à une issue pacifique.
Il appelle les Congolais à retrouver confiance en eux-mêmes, à s’unir autour d’un projet national qui place le peuple au centre des priorités.
« Le peuple congolais a survécu à la colonisation, aux guerres et aux pillages. Il peut aussi survivre aux manipulations diplomatiques. La paix viendra de nous-mêmes, pas de l’extérieur. »
Pour lui, la véritable paix des braves n’est pas celle des mots, mais celle des actes — celle d’une RDC debout, souveraine et respectée.
Une parole lucide dans un contexte incertain
En signant cette tribune, Eugène Diomi Ndongala s’impose une fois de plus comme une voix de lucidité et de patriotisme.
Son message, à la fois critique et porteur d’espérance, résonne comme un avertissement :
« Si la paix des braves doit naître, elle ne peut être dictée par les autres. Elle doit être forgée par les Congolais eux-mêmes, dans la dignité et la clairvoyance. »
Par Coco Kingson Cabamba



