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RDC : Un évêque dénonce le “tribalisme” et les “élections truquées” au sein même de la CENCO

Dans une intervention choc prononcée à huis clos devant la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, Évêque de Mbujimayi, a livré une introspection sans précédent sur les maux qui rongent l’institution ecclésiastique. Tribalisme, gestion opaque des élections internes et partialité des prises de parole publiques sont au cœur de ce réquisitoire fraternel mais cinglant.

Kinshasa, le 3 mars 2026 (Bureau de presse en ligne) – C’est un véritable cri d’alarme qui a résonné derrière les portes closes de la dernière assemblée de la CENCO. Dans un document daté du 23 février 2026, dont nous avons obtenu copie, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbujimayi, a pris la parole pour interpeller ses frères évêques sur ce qu’il perçoit comme un dangereux écart entre leur mission prophétique et leurs pratiques internes. Son intervention, intitulée “Au nom de la vérité de l’Évangile”, se veut un exercice de “triple introspection” visant à restaurer la crédibilité d’une Église qu’il juge fragilisée.

“Notre parole est devenue sélective et tendancieuse”

D’entrée de jeu, Mgr Kasanda pointe du doigt la gestion de la parole épiscopale. S’appuyant sur le récit de la vocation de Jérémie, il rappelle que la mission prophétique ne consiste pas seulement à “déraciner et renverser”, mais aussi à “reconstruire et planter”. Or, selon lui, les prises de position publiques des évêques sont devenues “sélectives, intempestives et tendancieuses”, ce qui finit par “décrédibiliser l’Église comme Institution”.

Il invite ses pairs à un usage plus parcimonieux et constructif de la parole, allant jusqu’à citer un proverbe soufi : “Si la parole que nous voulons prononcer n’est pas plus belle que le silence, alors ne la disons pas.” Il déplore également la teneur des échanges sur le forum WhatsApp des évêques, qu’il souhaiterait voir transformé en un lieu d’enrichissement pastoral mutuel plutôt qu’en une plateforme de “critiques-fleuves politiciennes” et de messages ségrégationnistes.

Le tribalisme : une “antivaleur” qui gangrène aussi l’Église

Le deuxième point de son introspection est sans doute le plus sensible. Alors que la CENCO dénonce régulièrement le tribalisme entretenu par la classe politique, Mgr Kasanda retourne la question vers ses propres institutions.

“Sommes-nous différents de ceux que nous pointons du doigt ?”, interroge-t-il. Il invite ses confrères à examiner la composition du personnel des structures nationales de l’Église comme l’UCC, la Caritas ou le Centre Interdiocésain. “Nos travailleurs, d’où sont-ils pour la plupart ? À quelle Province Ecclésiastique appartiennent-ils pour une Institution nationale ?” , lance-t-il, réclamant la publication d’un rapport sur l’identification du personnel, commandé par l’Assemblée Plénière mais resté bloqué.

Dans un passage particulièrement fort, l’évêque de Mbujimayi condamne certains messages émanant du Bureau de la CENCO, qui selon lui, incitent à une division basée sur la langue en fustigeant le sort des “Congolais swahiliphones”. Il y voit un risque de raviver “les vieux démons des génocides du passé” et appelle à appliquer l’Évangile en commençant par “enlever les ordures devant notre propre case”.

La “vérité des urnes” en question au sein de la CENCO

Le troisième volet de son intervention est peut-être le plus explosif. Se fondant sur ses 28 ans d’expérience au sein de l’épiscopat, Mgr Kasanda s’interroge ouvertement sur la régularité des dernières élections du bureau de la CENCO, celle-là même qui dénonce les “fraudes électorales” dans le pays.

Il relève une anomalie statistique : l’élection du président sortant, obtenue massivement dès le premier tour avec 30 voix sur 44 votants, là où, selon son expérience, un premier mandat nécessite toujours plusieurs tours. Il exprime un doute similaire sur l’élection du vice-président. “Je n’ose imaginer, pour notre crédibilité, qu’il y ait eu conciliabule”, écrit-il, osant le terme pour exprimer sa pensée.

“Nous parlons de bourrage des urnes et de fraude lors des élections organisées par la CENI. Sommes-nous vraiment loin de ce que nous avons toujours décrié ? Faisons-nous autrement nos élections ou sommes-nous en réalité des oiseaux de même plumage ?”, s’interroge-t-il, appelant de ses vœux une réflexion sur la “vérité des urnes” au sein même de l’institution ecclésiale.

Un appel à la réforme pour sauver la crédibilité de l’Église

En conclusion de son propos, Mgr Kasanda dresse un constat amer : si les fidèles les plus fervents restent attachés à leur foi, les plus faibles “claquen’t la porte de l’Église” ou ont “perdu toute fierté d’appartenir à l’Église Catholique de la RDC”.

Pour enrayer ce phénomène, il formule plusieurs orientations concrètes : renforcer la collégialité avant toute prise de position, clarifier les critères des interventions publiques, professionnaliser la communication ecclésiale et promouvoir la transparence dans la gestion des structures nationales.

“Je ne pouvais pas me taire par peur d’être étiqueté par certains”, justifie-t-il, invoquant l’Esprit de vérité de l’Évangile. Cette intervention, d’une rare franchise, place désormais la CENCO face à ses propres contradictions. Reste à savoir si l’appel de Mgr Kasanda, véritable miroir tendu à l’institution, sera entendu et suivi d’effets au sein d’une conférence épiscopale dont l’autorité morale est un pilier de la société congolaise.

Par Coco Kingson Cabamba

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