
Dans un communiqué daté du 14 janvier 2026 et signé par onze de ses principales figures, dont Franck Diongo, Augustin Matata Ponyo et Jean-Claude Vuemba, le mouvement citoyen Sauver la RDC a répondu aux sollicitations répétées des autorités angolaises concernant un éventuel dialogue entre Congolais. Si le collectif salue l’implication personnelle du président angolais João Lourenço dans la recherche de la paix, il pose des conditions strictes et dénonce avec vigueur ce qu’il qualifie de « manœuvres dilatoires » du pouvoir en place.
Une médiation louée, mais un processus suspecté
Le mouvement reconnaît le rôle de la République d’Angola et son engagement en faveur de la stabilité régionale. Toutefois, il exprime de profondes réserves sur la forme et le fond de l’initiative de dialogue proposée. Dans un développement acéré, les signataires fustigent l’« instabilité de la vision » qui caractérise, selon eux, la diplomatie congolaise : « De Nairobi à Luanda, de Luanda à Doha, en passant par Bujumbura, Kampala, Lomé et tant d’autres capitales, ce changement perpétuel de lieux et de médiateurs consacre un goût d’inachevé et semble vouloir donner le tournis plutôt que l’assurance d’une réelle volonté politique. »
Le non-respect des engagements passés : une pierre d’achoppement majeure
Le cœur du désaccord réside dans la crédibilité du gouvernement. Pour Sauvons la RDC, « la volonté politique se prouve par le respect des engagements pris ». Or, le mouvement accuse le régime du président Félix Tshisekedi de violer systématiquement les accords préalables, notamment sur trois points cruciaux :
- La libération des prisonniers politiques.
- La décrispation du climat politique.
- L’observance effective d’un cessez-le-feu.
Le texte affirme que les arrestations, enlèvements et contraintes à l’exil d’opposants, de militaires, de journalistes et de défenseurs des droits humains se poursuivent. Plus grave encore, il établit un lien direct entre les déplacements du président pour « chercher la paix » et une escalade militaire sur le terrain : « Il laisse derrière lui des instructions pour de grands mouvements de troupes, des attaques massives sur des localités densément peuplées, ainsi que des bombardements de civils par des drones et des avions de combat. »
Le massacre de Bukama : un point de non-retour ?
Le communiqué évoque spécifiquement un événement récent pour illustrer son propos : un « nouveau massacre », survenu le 11 janvier 2026 à Bukama (Haut-Lomami), attribué aux FARDC. Des actes de torture et des traitements inhumains y auraient été perpétrés contre des civils sans défense. Ce drame rend, selon les signataires, les mesures de décrispation « plus que jamais » un préalable non marchandable à toute participation de leur part à un dialogue. Ils exigent des actes, « et non des promesses qui, d’expérience, n’ont aucune chance d’être tenues ».
Les conditions sine qua non posées par Sauvons la RDC
Le mouvement structure sa réponse autour de plusieurs exigences claires :
- Vider d’abord le processus de Doha : Avant tout nouveau dialogue, il est impératif de finaliser l’accord de Doha avec les groupes armés, afin de régler les aspects militaires de la crise et d’instaurer un cessez-le-feu réel. Cela créerait, estiment-ils, un environnement plus serein pour des discussions politiques.
- Un dialogue inclusif et sans tabou : Ils rejettent toute rencontre dictée par les « caprices d’une des parties », celle-là même qui serait, selon eux, « le géniteur et l’amplificateur de la plupart des problèmes à résoudre ».
- Une médiation confiée aux Églises congolaises : C’est la proposition la plus forte du texte. Sauvons la RDC estime que les évêques catholiques et protestants, ayant mené un travail préparatoire approfondi avec tous les acteurs, sont les mieux indiqués pour assurer la médiation. Le veto actuel du pouvoir contre leur implication est perçu comme la preuve qu’on ne souhaite pas un « véritable dialogue », mais plutôt une « manœuvre » pour gagner du temps.
Conclusion : méfiance et appel à la cohérence
La conclusion du communiqué est sans ambiguïté : sans un changement radical d’attitude du pouvoir, toute nouvelle initiative de dialogue risque de n’être qu’une « réunion de plus pour gagner du temps pour les uns et en perdre pour les autres, en sacrifiant les intérêts du pays ».
La balle est désormais dans le camp du gouvernement congolais et des médiateurs. La communauté internationale, soucieuse de voir une stabilisation dans la région des Grands Lacs, observe si les appels à des actes concrets seront entendus, ou si le processus butera une nouvelle fois sur la défiance et l’accusation de duplicité.



