
Dans un revirement qui a envoyé des ondes de choc à travers sa congrégation et au-delà, la direction de l’Église de la Rédemption Divine, une mégacharise basée à Kinshasa, a officiellement annulé et dénoncé les “miracles par le feu” qui étaient au cœur des prédications de l’un de ses pasteurs les plus en vue, le Révérend Samuel Makambo.
Cette décision, rendue publique dimanche dernier lors d’un culte exceptionnellement sobre, fait suite à plusieurs semaines d’enquête interne et de pressions croissantes concernant les méthodes de guérison spectaculaires et controversées du prédicateur.
Pendant près de deux ans, le Révérend Makambo avait attiré des foules immenses dans l’enceinte de l’église et sur ses plateformes en ligne. Ses cultes, caractérisés par une forte théâtralité, culminaient avec ce qu’il présentait comme un “baptême de feu”. Il soufflait de la fumée et des flammes sur les fidèles, affirmant que ce “feu divin” pouvait guérir des maladies, annuler les malédictions familiales et apporter une prospérité immédiate.
Des vidéos devenues virales montraient des fidèles tombant à la renverse, criant ou manifestant une forte agitation après avoir été “touchés” par le feu. Ces démonstrations étaient au centre d’une campagne de communication agressive, attirant des personnes désespérées et vulnérables de tout le pays.
Dans une déclaration lue par le Conseil des Anciens de l’église, l’organisation a reconnu que les “pratiques démonstratives” du Révérend Makambo s’étaient “progressivement éloignées de la doctrine fondamentale de l’église et des principes bibliques de la foi”.
“Après une investigation minutieuse et de nombreuses séances de prière et de réflexion, le Conseil a conclu que les phénomènes dits ‘de feu’ n’étaient pas fondés sur une base scripturaire solide et présentaient un risque de manipulation et de danger physique pour nos fidèles”, peut-on lire dans le communiqué.
Selon des sources internes, l’enquête a révélé l’utilisation de substances chimiques (probablement de la poudre inflammable) pour créer les effets de flammes, ainsi que des pressions psychologiques intenses exercées sur les participants pour qu’ils “manifestent” leur guérison. Aucun cas de miracle vérifiable et médicalement attesté n’a pu être documenté.
Le Révérend Makambo a été “temporairement relevé de ses fonctions pastorales” et invité à suivre un programme de “restauration spirituelle et doctrinale”. Son silence depuis l’annonce est notable.
Les réactions parmi les fidèles sont mitigées. Certains se disent trahis et abattus, ayant cru fermement en ces miracles. “J’ai donné tant d’argent pour les offrandes, croyant que le feu de Dieu allait résoudre mes problèmes. Aujourd’hui, je me sens vide”, confie Ange, un fidèle de longue date.
D’autres, cependant, saluent le courage de la direction. “C’est une décision forte et nécessaire. L’église doit être un lieu de vérité, pas de spectacle. Cela redonne de la crédibilité à notre foi”, estime Marie-Claire, une autre membre de la congrégation.
Cet événement s’inscrit dans un débat plus large en République Démocratique du Congo sur la prolifération des églises de réveil et les dérives de certains prédicateurs. Des voix s’élèvent de plus en plus, y compris au sein des autres dénominations chrétiennes, pour appeler à une plus grande régulation et à un retour aux fondamentaux de la foi.
“L’annulation de ces ‘miracles’ par l’Église de la Rédemption Divine est un signal fort”, analyse le Dr. Jonathan Kabasele, sociologue des religions à l’Université de Kinshasa. “Cela montre une prise de conscience, au sein même de ces institutions, des risques de dérive. C’est un pas vers une autorégulation du milieu religieux, essentielle pour protéger les croyants et préserver l’intégrité du message évangélique.”
Cette affaire marque très probablement un tournant dans le paysage religieux kinois, poussant les fidèles à une plus grande vigilance et les églises à une plus grande transparence. Elle rappelle que la quête de miracles ne doit pas éclipser l’essence même de la spiritualité : la foi, l’éthique et la communion.
Par Coco Kingson Cabamba

