
La société minière Twangiza Mining, située dans la province du Sud-Kivu, a révélé que des rebelles du mouvement M23 auraient dérobé au moins 500 kilogrammes de lingots d’or depuis le mois de mai dernier. Cette information a été confirmée à l’agence Reuters par des responsables de l’entreprise, qui accusent également certains de leurs employés d’avoir collaboré avec les assaillants.
Selon les estimations faites sur la base des cours actuels de l’or, la valeur totale du métal précieux pillé s’élèverait à près de 70 millions de dollars américains.
La concession de Twangiza, exploitée par la filiale du groupe canadien Banro Corporation, se trouve dans une zone actuellement sous influence du M23, un mouvement armé soutenu, selon Kinshasa, par le Rwanda. Depuis plusieurs mois, les combats opposant les FARDC (Forces armées de la RDC) à ces rebelles ont entraîné la perte de contrôle de plusieurs localités stratégiques, y compris certains sites miniers riches en ressources aurifères.
« Depuis mai, nous avons perdu l’accès à notre site principal. Nos rapports internes et certaines sources locales font état de pillages systématiques des installations et de détournements d’or vers des circuits informels », a indiqué un cadre de Twangiza Mining, sous couvert d’anonymat.
La société minière affirme que certains employés locaux auraient facilité les opérations des rebelles, notamment en fournissant des informations sensibles sur les stocks et les mouvements de sécurité. Une enquête interne a été ouverte pour déterminer le niveau de responsabilité de ces agents présumés complices.
De son côté, le gouvernement congolais n’a pas encore réagi officiellement à ces révélations, mais des sources sécuritaires à Bukavu affirment que le dossier est désormais entre les mains des services de renseignement militaire.
Ce nouvel épisode illustre une fois de plus l’enjeu économique majeur que représente l’or dans la guerre qui déchire l’est de la République démocratique du Congo. Selon plusieurs rapports des Nations unies, le M23 tire une partie importante de son financement du commerce illicite des minerais, en particulier de l’or, du coltan et de la cassitérite.
« Le contrôle des mines permet à ces groupes armés de s’autofinancer et de maintenir leur capacité opérationnelle », explique un expert en ressources naturelles basé à Goma.
Pour Twangiza Mining, le pillage représente non seulement une perte financière colossale, mais aussi un coup porté à la confiance des investisseurs étrangers dans le secteur minier congolais, déjà fragilisé par l’insécurité chronique.
« Nous espérons que les autorités reprendront rapidement le contrôle de la zone afin de sécuriser les sites stratégiques et restaurer l’activité », conclut la direction de la société.
Le mouvement rebelle M23, actif depuis plus d’une décennie, a repris les armes fin 2021. Malgré plusieurs initiatives diplomatiques et les efforts de la communauté internationale, le conflit reste une menace majeure pour la stabilité régionale et pour l’économie de la RDC.



