
Le groupe minier chinois Zijin Mining et la société d’État congolaise Cominière ont officialisé ce mercredi, en marge du Mining Indaba à Cape Town, le lancement de la première production de lithium de la République démocratique du Congo (RDC) sur le gisement stratégique de Manono. Le début des opérations est fixé au mois de juin 2026, avec une mise en route des exportations immédiatement après la production. Cette annonce marque une avancée décisive dans la stratégie de Pékin visant à sécuriser son approvisionnement en minerais critiques sur le continent africain .
Initialement prévu pour le premier trimestre 2026, le calendrier a été légèrement révisé pour une entrée en production effective au 30 juin. Le projet, développé par la coentreprise Manono Lithium (détenue à 61 % par Zijin, le reste appartenant à Cominière et à l’État congolais), représente un investissement total d’environ 1 milliard de dollars, entièrement financé par le partenaire chinois .
Selon les données techniques disponibles, l’usine de traitement de Manono devrait traiter 500 000 tonnes de concentré de spodumène et produire 95 170 tonnes de sulfate de lithium par an, consolidant ainsi la RDC comme un acteur clé de la transition énergétique aux côtés de sa production historique de cuivre et de cobalt .
◼ Un projet au cœur des contentieux juridiques
Le gisement de Manono, considéré comme l’un des plus grands gisements de lithium sur roche dure non exploités au monde, est au centre d’une bataille judiciaire internationale. La RDC a révoqué en 2023 le permis détenu par le groupe australien AVZ Minerals, lui reprochant un développement trop lent, avant d’attribuer une partie du site au consortium piloté par Zijin.
Bien que la Cour internationale d’arbitrage de la CCI ait accordé en mars 2025 une victoire procédurale à AVZ – condamnant Cominière à une pénalité de 39,1 millions d’euros pour violation des ordonnances de sauvegarde –, les partenaires du projet affirment que cette procédure n’affecte en rien leur calendrier opérationnel. Une source proche d’AVZ a indiqué que des tirs de mine avaient eu lieu cette semaine à proximité d’une zone où l’entreprise australienne maintient encore du personnel, soulevant des inquiétudes en matière de sécurité .
Interrogé sur ces tensions, le directeur général de Cominière, Alpha Monga Mwidia, a déclaré : « Le système occidental est différent du système oriental. Les Chinois sont plus pragmatiques », soulignant une approche contrastée avec celle des partenaires occidentaux .
◼ Un contrôle chinois exclusif et un contexte de marché défavorable
Selon l’accord de coentreprise, la totalité de la production de la phase 1 sera commercialisée exclusivement par Zijin, y compris la part revenant à Cominière. « Tout sera commercialisé ou vendu par Zijin en notre nom », a précisé M. Mwidia, ajoutant que son entreprise percevra des revenus conformément à sa participation sans avoir contribué au financement du projet .
Cette annonce intervient dans un contexte de marché particulièrement dégradé. Les prix du lithium restent sous pression après un effondrement de 86 % par rapport aux sommets de fin 2022, sous l’effet du stockage stratégique chinois et de la hausse de la production domestique. Par ailleurs, les États-Unis multiplient les initiatives pour tenter de rediriger l’offre congolaise vers les marchés occidentaux via des contrats à court terme, cherchant à contester l’hégémonie chinoise sur les ressources stratégiques africaines .
◼ Des controverses persistantes sur la gouvernance
Malgré l’avancée industrielle, le projet reste entaché par des accusations de mauvaise gouvernance. La coalition Congo n’est pas à vendre (CNPAV) a récemment réclamé une enquête officielle sur le versement de 70 millions de dollars par Zijin à une ONG locale, Le Bouclier, dont seulement 40 millions ont été traçables. L’Inspection générale des finances (IGF) avait déjà épinglé ces irrégularités en 2023, évoquant des soupçons de corruption et de dilapidation des actifs de l’État .
Par ailleurs, des organisations citoyennes du Tanganyika dénoncent le non-respect des engagements sociaux pris par Manono Lithium, censés précéder le début de l’exploitation minière. La société s’était engagée à réaliser des projets communautaires dans un délai de deux ans, une promesse non tenue selon les habitants .
◼ Un clivage Est-Ouest accentué
Le contraste des méthodes est frappant avec l’attitude de KoBold Metals, société soutenue par des capitaux américains, qui détient des droits sur la partie opposée du gisement. Celle-ci a confirmé à Reuters qu’elle ne débutera aucune construction tant que les litiges de propriété ne seront pas résolus, illustrant deux philosophies radicalement opposées de l’investissement en terrain contesté .
Cominière, de son côté, fournit d’ores et déjà 44 mégawatts d’électricité au projet via sa filiale Katamba Mining, avec un objectif de montée en puissance à 120 MW pour soutenir l’ensemble du secteur minier et les communautés locales .
À propos de Zijin Mining :
ZiJin Mining est un important groupe minier diversifié chinois, coté aux bourses de Hong Kong et de Shanghai, actif dans l’exploration et l’exploitation de l’or, du cuivre, du zinc et désormais du lithium.



