
Une vive controverse secoue la province du Nord-Kivu après l’organisation, le 8 janvier 2026 au stade de l’Unité de Goma, d’une cérémonie d’inhumation collective de 22 corps présentés comme des victimes du bombardement survenu le 2 janvier 2026 à Masisi-Centre. Des organisations de la société civile et des acteurs médiatiques dénoncent une instrumentalisation macabre des victimes, une manipulation de l’opinion publique et de graves violations du droit international humanitaire.
Une cérémonie dénoncée comme une mise en scène politique
Dans un communiqué officiel, la Coordination provinciale de la Société Civile Forces Vives du Nord-Kivu affirme avoir suivi avec consternation cette cérémonie organisée par la coalition AFC–M23, qu’elle qualifie de « montage odieux » visant à faire croire que l’ensemble des corps inhumés provenait exclusivement de l’explosion survenue à Masisi-Centre.
Selon la société civile, aucune enquête indépendante préalable n’a été diligentée avant cette inhumation collective, ce qui constitue une atteinte grave à la dignité humaine et un acte de manipulation destiné à brouiller la compréhension de la situation réelle dans les zones sous occupation du M23-AFC.
Des zones d’ombre sur l’origine réelle des corps
Les informations recueillies sur le terrain par les forces vives révèlent qu’au lendemain du bombardement de Masisi-Centre, deux ambulances auraient été dépêchées à l’Hôpital Général de Référence de Masisi pour récupérer les dépouilles des victimes. Toutefois, seules cinq dépouilles auraient été saisies et transférées à Goma le 3 janvier 2026, et ce, contre la volonté des familles concernées.
Il est également établi que parmi les victimes du drame du 2 janvier, le corps d’une jeune fille originaire de Goma avait déjà été récupéré par sa famille et rapatrié le jour même de l’incident. Ces éléments soulèvent une question centrale : d’où proviennent les 17 corps supplémentaires présentés lors de la cérémonie du 8 janvier ?
Soupçons de profanation et recyclage de corps anciens
Des indiscrétions jugées crédibles par la société civile indiquent que ces 17 corps seraient ceux de creuseurs miniers artisanaux décédés il y a près de six ans dans le conflit opposant la Société Minière de Bisunzu (SMB) à la coopérative COOPERAMA, à Rubaya. Ces corps auraient été conservés à la morgue de l’Hôpital Provincial du Nord-Kivu dans l’attente d’une décision judiciaire autorisant leur inhumation.
Le 8 janvier 2026, ces dépouilles auraient été retirées de la morgue par les autorités de facto du M23-AFC pour être intégrées à la cérémonie de Goma, dans ce que plusieurs observateurs qualifient désormais de profanation des corps et de vol de la dignité humaine.
Une instrumentalisation macabre dénoncée par le Magazine Hebdo Goma+
De son côté, le Magazine Hebdo Goma+, engagé dans la documentation des crimes et violations des droits humains dans l’Est de la RDC, exprime sa profonde indignation face à ce qu’il considère comme une exploitation cynique des victimes à des fins de communication politique.
Dans un message public, le magazine condamne la confiscation des corps à l’hôpital de Masisi, leur transfert forcé à Goma sans le consentement des familles, ainsi que l’organisation d’un deuil collectif présenté comme un acte humanitaire alors qu’il relèverait, selon ses termes, d’une tentative de blanchiment d’image.
« On ne peut se transformer en pleureur pour masquer son rôle de bourreau », souligne le communiqué, appelant à respecter les rites, les coutumes et le droit des familles à enterrer dignement leurs proches.
Des exigences claires de la société civile
Face à la gravité des faits allégués, la Société Civile Forces Vives du Nord-Kivu formule trois exigences majeures :
- L’ouverture immédiate d’enquêtes indépendantes, y compris par des instances ou juridictions internationales compétentes, afin d’établir la vérité et situer toutes les responsabilités ;
- La réparation en faveur des victimes et des communautés affectées, tant sur le plan moral que matériel ;
- Le rétablissement urgent de la paix et de la sécurité, à travers la restauration effective de l’autorité de l’État dans les zones affectées.
Tout en réaffirmant son engagement pour la paix et la justice transitionnelle, la société civile adresse ses condoléances aux familles des victimes et appelle la communauté nationale et internationale à une vigilance accrue.
Un appel à la responsabilité internationale
Ces dénonciations s’inscrivent dans un contexte plus large de violations répétées des droits humains au Nord-Kivu. Pour les organisations signataires, l’utilisation des morts comme outils de propagande constitue une ligne rouge franchie et appelle une réaction ferme des mécanismes régionaux, africains et internationaux de protection des civils.
La quête de vérité et de justice reste désormais au cœur des attentes des populations meurtries de Masisi, Goma et de l’ensemble du Nord-Kivu.


