
L’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) a publié ce mercredi un rapport accablant mettant en cause les Forces de défense rwandaises (RDF), le mouvement rebelle M23 ainsi que plusieurs groupes armés opérant dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). L’ONG évoque des actes pouvant être qualifiés de crimes de guerre, notamment dans les camps militaires de Rumangabo et de Tshanzu, situés dans la province du Nord-Kivu.
Intitulé « Death Was Everywhere » (« La mort était partout »), le rapport de 78 pages documente une vaste campagne de détentions arbitraires, de recrutements forcés, d’exécutions sommaires, de tortures et de mauvais traitements commis contre des combattants capturés, des civils et même des enfants dans les territoires passés sous le contrôle du M23 après la prise de Goma en janvier 2025. Selon HRW, ces exactions ont été perpétrées entre mi-2024 et décembre 2025 dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Des camps de Rumangabo et Tshanzu au cœur des accusations
D’après les enquêteurs de Human Rights Watch, des milliers de personnes auraient été arrêtées ou rassemblées de force avant d’être transférées dans les camps militaires de Rumangabo et de Tshanzu. Plusieurs témoignages recueillis par l’organisation font état de conditions de détention inhumaines, d’actes de torture, de travail forcé et de recrutements contraints au profit du M23. L’ONG affirme également que des enfants auraient été enrôlés dans les rangs du mouvement armé.
HRW estime que ces actes constituent des crimes de guerre et demande l’ouverture d’enquêtes indépendantes pouvant également examiner l’éventuelle qualification de crimes contre l’humanité.
Kigali et le M23 directement visés
Le rapport accuse explicitement le M23 et les forces rwandaises d’avoir mené des opérations coordonnées dans les zones occupées de l’est de la RDC. Selon HRW, les militaires rwandais auraient apporté un soutien direct au mouvement rebelle dans plusieurs opérations ayant conduit à des arrestations massives, à des détentions arbitraires et à des violences contre les populations civiles.
Ces accusations s’inscrivent dans un contexte où plusieurs organisations internationales et experts des Nations unies ont déjà dénoncé l’implication du Rwanda dans le conflit qui secoue l’est congolais depuis plusieurs années. Kigali continue toutefois de rejeter ces allégations et conteste régulièrement les rapports mettant en cause son armée.
Kinshasa également critiqué
Le document ne se limite pas aux accusations contre le Rwanda et le M23. Human Rights Watch pointe également la responsabilité des autorités congolaises dans le soutien présumé apporté à certains groupes armés alliés aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Selon l’ONG, l’armée congolaise aurait collaboré avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ainsi qu’avec certaines factions des groupes d’autodéfense Wazalendo. Ces groupes sont accusés d’avoir commis de graves violations des droits humains, notamment des détentions arbitraires, des extorsions et diverses violences contre des déplacés vivant autour de la ville de Goma.
Human Rights Watch appelle ainsi le gouvernement congolais à mettre fin à toute forme de coopération avec des groupes armés impliqués dans des abus et à engager des poursuites contre les responsables de violations des droits humains, quelle que soit leur affiliation.
Appel à la justice internationale
Face à la gravité des faits documentés, l’organisation demande à la communauté internationale, aux autorités congolaises ainsi qu’aux institutions judiciaires internationales de mener des enquêtes approfondies afin d’identifier et de poursuivre les auteurs de ces crimes.
Pour Human Rights Watch, seule une véritable lutte contre l’impunité permettra d’espérer une stabilisation durable de l’est de la RDC, région toujours confrontée à l’activisme de nombreux groupes armés et à une crise humanitaire persistante qui a déjà provoqué le déplacement de millions de personnes.
Alors que les efforts diplomatiques se poursuivent pour tenter de restaurer la paix dans la région des Grands Lacs, ce nouveau rapport relance le débat sur les responsabilités des différents acteurs impliqués dans le conflit et sur la nécessité de protéger les populations civiles, premières victimes de cette guerre qui dure depuis plusieurs décennies.


